Nouveau Monde : les amérindiens

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Déclin des Nations Indiennes aux Etats-Unis

"Ces hommes ( qui ne bâtissaient ni pyramides, ni cathédrales) avaient trouvé leur juste place dans le cosmos, au sein d'une nature qu'ils respectaient et adoraient. Ils ne cherchaient pas à accumuler richesses et bien-être, mais à se forger une âme forte en harmonie avec le monde. Savoir s'intégrer respectueusement à l'univers des forêts ou des plaines, savoir reconnaître l'étincelle du sacré dans chaque parcelle de vie ...Voilà l'essentiel de leur philosophie. Quand on sait la cupidité qui animait les conquérants venus d'Europe, on comprend que le dialogue était impossible entre deux manières aussi opposées d'envisager l'existence. Cependant, face à l'avancée impitoyable des colons, les Indiens d'Amérique ont sans cesse recherché un consensus qui leur permettrait de continuer à vivre en paix selon leur antique manière... Mais pour l'homme blanc, il n'y avait pas de consensus possible en dehors de la déportation et de l'extermination"
Préface de Michel Piquemal dans "Paroles Indiennes"

La société amérindienne entretenait des relations étroites avec la terre, basée sur une existence libre et aventureuse. Le mode de vie était axé sur le clan et la communauté. L'identification de l'homme à la nature et aux éléments conditionnait les convictions religieuses.
Pour les Indiens, tout ce qui touche à la nature est sacré et tout est lié : hommes, rochers, arbres, animaux, fleuves, lacs, forêts. Un homme peut ainsi se transformer en pierre ou en animal, et réciproquement. Selon les régions qu'occupent les tribus, les traditions diffèrent, mais les grands thèmes leurs sont communs a tous.

" Les montagnes, j'en deviens une partie... Les herbes, les plantes vertes, j'en fais aussi partie. La brume matinale, les nuages, les eaux qui se rassemblent, j'en deviens une partie. Les gouttes de rosée, le pollen, j'en fais partie aussi. "
Hymne à la beauté Navajo

Sur le territoire des Amérindiens, vinrent les trappeurs, les missionnaires. les colons, et les soldats.

Les grandes tribus d'Amérique du nord: Algonquins, Apaches, Cherokee, Cheyennes, Comanches, Creeks, Hopis, Hurons, Inuits, Iroquois, Jivaros, Navajo, Nez-Percés, Pawnees, Sioux résistèrent dans une guérilla sanglante depuis le début de la période coloniale (1607) jusqu'au massacre de Wounded Knee (1890).

La politique des colons puis des Etats-Unis envers les Amérindiens fut, dans les faits, impitoyable : guerres, déportations, massacres, dévastations des territoires et de leurs ressources, spoliation.

Période d'avant 1890

Bureau des affaires Indiennes "Bureau of Indian Affairs" ou BIA

Bureau of Indians Affaire logoAu début de l'Union des Etats, les Affaires Indiennes étaient gérées par le Congrès Continental qui, en 1775, créa un "Committee on Indian Affairs" présidé par Benjamin Franklin. Cinquante ans plus tard, en 1824, le "Bureau of Indian Affairs" (BIA) Bureau des Affaires Indiennes a été créé sous la dépendance du Ministère de la Guerre (War Departement), puis il a été transferré en 1849 au Ministère de l'Intérieur (Interior Departement). En 1869, Ely Parker est le premier Indien (Seneca) nommé commissaire du BAI.

Le "Bureau of Indian Affairs" est l'organisme fédéral chargé de la relation entre les États-Unis et les gouvernements des tribus indiennes. Il a également pour responsabilité de veiller aux obligations fiduciaires des États-Unis en ce qui concerne la protection des biens et ressources tribaux. Le Bureau dispose de bureaux locaux ainsi que de 12 bureaux régionaux, tandis que le bureau central est à Washington D.C. en tant que partie intégrante du "U.S. Department of the Interior" (ministère de l'Intérieur). Au bureau central, les dirigeants tribaux travaillent souvent étroitement avec des représentants politiques dans les bureaux du Secrétaire du département de l'Intérieur et du Secrétaire adjoint aux Affaires Indiennes.

Le Bureau gère aujourd'hui 55,7 millions d'âcres de terres en relation avec 562 gouvernements tribaux reconnus. Il fournit également les services éducatifs à 48.000 étudiants Indiens.

La période de 1787 à 1887 a été marquée par cinq décisions majeures prises par le Congrès:

1- Northwest Ordinance"

US NW Territory

Le 13 juillet 1787, le Second Congrés Continental adopte l'Ordonnance pour le gouvernement du Territoire des États-Unis situé au Nord-Ouest de l'Ohio River ("Northwest Ordinance") qui constitue l'acte fondateur de la politique d'expansion territoriale des Etats-Unis. (Le Northwest Territory ou Old Northwest fait référence à la région des actuels Etats de l'Ohio, Indiana, Illinois, Michigan, Wisconsin et une partie du Minnesota. )

 

 

Les auteurs, probablement Nathan Dane et Rufus King, expliquérent que ce plan pouvait servir à la conquête des terres de l'Ouest vers le Pacifique, selon trois dispositions principales :

 

 

 

 

1- Division du Territoire du Nord-Ouest en pas moins de trois et pas plus de cinq Etats ("not less than three nor more than five States")

2- Un systéme d'autonomie politique limitée avait été prévu. Selon cette disposition l'ensemble du Territoire du Nord-Ouest, formant au début un seul district, serait placé sous l'autorité d'un gouverneur et de trois juges.
Elle détermine les frontiéres entre Etats et surtout l'organisation des terres vierges, en divisant les nouveaux territoires par des lignes est-ouest et nord-sud.
Puis dès lors que la population atteindrait 5.000 citoyens libres, de sexe masculin et en âge de voter ("five thousand free male inhabitants of full age"), elle disposerait d'un corps législatif de deux chambres dont elle élirait la chambre basse. Un délégué pourrait sièger au Congrès sans droit de vote. Par la suite ce territoire devrait être divisé en Etats, chacun serait admis au sein de l'Union, sur le même pied que les Etats fondateurs, "dès qu'il compterait plus de 60.000 habitants libres" et "il n'y aurait ni esclavage ni servitude volontaire dans ledit territoire".
Le pouvoir fédéral assurera ainsi la vente des "lots" en s'efforçant de ménager l'équilibre démographique de la nation.
Si la figure mythique du pionnier s'impose lorsque l'on évoque l'extension du territoire américain, elle ne doit pas occulter le rôle du gouvernement fédéral.

3- Une Déclaration des Droits garantit la liberté de religion, le droit à la liberté individuelle et à des procès équitables et subventionne l'enseignement. Elle déclare qu'il n'y aura ni esclavage ni servitude dans ledit territoire. Réaffirme dans son article 3 leurs relations avec les peuples indiens : "il faut maintenir les bonnes relations de confiance que nous avons toujours entretenues avec les Indiens; aucun des biens et territoires des Indiens ne leur sera retiré sans leur consentement excepté en cas de guerre votée par le Congrés." ("The utmost good faith shall always be observed towards the Indians; their lands and property shall never be taken from them without their consent; and, in their property, rights, and liberty, they shall never be invaded or disturbed, unless in just and lawful wars authorized by Congress; but laws founded in justice and humanity, shall from time to time be made for preventing wrongs being done to them, and for preserving peace and friendship with them".)
Cette ordonnance fut réaffirmée dans la Constitution de 1789. Le Congrés ne déclara jamais de guerres contre les tribus indiennes mais l'article 3 de l'Ordonnance fut violé à de nombreuses reprises.

En octobre 1787, le général de division Arthur Saint Clair est nommé premier gouverneur du Territoire. En juillet 1800, la partie occidentale du Territoire est constituée en district d'Indiana ; le territoire du Michigan est créé en janvier 1805 ; le territoire de l'Illinois en février 1809 et en avril 1836, une partie du territoire du Michigan est organisée en territoire du Wisconsin.

Depuis la présidence de James Monroe, la politique fédérale avait consisté à reléguer les Indiens au-delà de la frontière de peuplement des Blancs. Inévitablement les réserves indiennes furent surpeuplées.

2- L' "Indian Removal Act", (Loi sur le déplacement des Indiens)

Afin de libérer des terres au profit des pionniers, le gouvernement américain posa pour hypothése que la cohabitation des Indiens et des Blancs était impossible à long terme, et que les tribus natives de l'Est ne pourraient survivre que si on les déplaçait vers des territoires lointains à l'Ouest du Mississippi et du Missouri, la frontiére progressant de plus en plus vers l'Ouest, la politique des Etats-Unis vis-à-vis des Indiens changea alors de façon dramatique.

• Les déportations des Amérindiens commencèrent dés 1806. Bien que ces opérations trouvent généralement leur origine dans les traités passés entre les Indiens et le gouvernement fédéral, les Indiens n'ont jamais quitté volontairement leurs terres ancestrales. Ils n'eurent généralement pas d'autre choix, car ils étaient menacés d'expéditions punitives menées par l'armée en cas de résistance. De 1806 à 1830, 50 tribus seront ainsi déportées.

• La migration vers l'Ouest de la Nation Cherokee avait commencé le 10 août 1810, quand ils furent assaillis par les blancs lors du "Great Cherokee Children Massacre" à Ywahoo Falls" et poussés hors de leurs terres, de leurs fermes, de leurs maisons.

• Entre 1814 et 1824, en tant que militaire puis gouverneur de Floride, l'action de Andrew Jackson fut déterminante dans la négociation de neuf des onze traités qui dépouillaient les "Cinq Tribus Civilisées" de leurs terres situées à l'Est, en échange de terres à l'Ouest. Par ces traités les Etats-Unis prenaient le contrôle de plus des trois quarts de l'Alabama, de la Floride, d'une partie de la Georgie, du Tennessee, du Mississippi, du Kentuchy et de la Caroline du Nord. C'est la période de migration Indienne volontaire. Cependant, en fait un très petit nombre de Creeks, de Cherokees et de Choctaws acceptèrent de bouger.

• Le Comité des Affaires Indiennes créé au sein du Ministère de la guerre le 11 mars 1824 fut chargé de contrôler les opérations de déportation. En 1849, il fut intégré au Ministère de l'Intérieur où il prit le nom de "Bureau of Indian Affairs" (BIA).

• En 1828 la demande de terre par la population non-native grandissait. La Georgie confisqua la région appartenant aux Cherokees (35.000 acres=14.175 hectares), elle abolit les lois et coutumes des Cherokees, empêcha les "Natives" de témoigner en justice contre des blancs, rendit illégal pour un Indien le fait de parler contre l'immigration, et envoya des inspecteurs sur place pour planifier des lots de 160 acres (65 hectares) chacun, destinés à être distribués par loterie publique.

• En 1829, John Ross ("Chief "White Bird"), premier chef Cherokee élu, protesta à Washington contre les décisions prises par la Georgie et porta plainte en justice. Il rencontra le président Jackson qui déclara que les Cherokees devaient émigrer à l'Ouest du Mississippi:

"I informed the Indians inhabiting parts of Georgia and Alabama, that their attempt to establish an independent government would not be countenanced by the Executive of the United States and advised them to emigrate beyond the Mississippi or submit to the laws of those States".

• Après l'adoption de l' "Indian Removal Act" en 1830, environ 100.000 Indiens des Etats-Unis vivants entre le Michigan, la Louisiane et la Floride furent déplacés à l'Ouest; entre 1830 et 1850, soit à la suite de traités contraignants soit par l'Armée du gouvernement U.S. contre ceux qui résistaient.

Décisions de la Cour Suprême:

1831: Cherokee Nation vs. State of Georgia. Cette nouvelle politique prit une tournure officielle en 1831, lorsque le juge fédéral John Marshall rendit le jugement suivant "Il serait peut-être préférable de désigner les tribus indiennes par le vocable de nations indigénes dépendantes, car elles possédent des terres que nous (les États-Unis) revendiquons sans tenir compte de leur volonté, et nous ne pourrons entrer en possession de ces terres que lorsqu'elles n'en seront plus propriétaires. Les Indiens sont aujourd'hui sous tutelle. Leurs relations avec les Etats-Unis ressemblent à celles qui existent entre un pupille et son tuteur." La Cour (par la décision du juge J. Marshal) décida que la Nation Cherokee n'est pas une nation souveraine ou étrangère résidant à l'intérieur des frontières des Etats-Unis. Cette décision représentait un recul pour les Cherokees.

1832: Worcester vs. Georgia. La Cour décida que les lois de la Georgie ne peuvent pas s'appliquer à la Nation Cherokee et que le gouvernement fédéral avait l'obligation de faire respecter les engagements pris par traité avec la Nation Cherokee. Cette décision représentait une avancée pour les Cherokees.

On le voit, la Cour Suprême prit une décision contradictoire en 1832 à celle qu'elle avait pris en 1831. En dépit de la décision de la Cour Suprême, le Président Jackson ne fit rien pour faire respecter le verdict de la Cour et en fait ouvertement ne le respecta pas. Il déclara même:

"John Marshall a fait sa loi, qu'il la fasse appliquer"
("John Marshall has made his law, now let him enforce it.").

• Entre 1834 et 1835 les Chefs Cherokee lancent un appel au Congrès en proposant un compromis en deux parties:
1- Ils sont prêts à céder une partie de leur territoire à condition qu'ils soient protégés d'une invasion.
2- Ils sont disposés à devenir citoyens des Etats-Unis à la fin d'une période à fixer par les Etats-Unis.

Au printemps 1834 la propriété du chef Cherokee John Ross fut confisquée pendant qu'il était à Washingtion pour négocier.

Dans son message d'introduction au Congrés, le président Jackson, élu en 1829, recommanda de prendre les terres des "cinq nations civilisées" dans les Etats du Sud-Kentucky, de Géorgie, d'Alabama et de Floride et de leur donner en échange des terres à l'Ouest du Mississippi.

Ces déplacements furent autorisés par l'adoption par le Congrès Américain le 28 mai 1830 de l' "Indian Removal Act", signé par le Président Andrew Jackson.

Cette loi n'ordonnait pas le déplacement ou la déportation des Indiens, mais elle autorisait le Président à négocier des traités d'échange de terres tribales de l'Est contre des terres situées à l'Ouest organisées en réserves, qui avaient été acquises lors de l'achat de la Louisiane à la France en 1803 et l'acquisition de la Floride en 1819 par le Traité Adam-Onis. Selon l'historien Robert V. Remini, Jackson promu cette politique essentiellement pour des raisons de sécurité nationale, voyant que la Grande-Bretagne et l'Espagne avaient recruté et armé des Indiens à l'intérieur des frontières des USA pendant les guerres contre les Etats-Unis.

La Loi prévoyait le déplacement des tribus Indiennes et la redistribution de leurs terres à ceux qui s'en portaient acquéreur.

Cette base "juridique" permit aux Etats-Unis de déporter à leur gré les Indiens sans que ceux-ci puissent exprimer leur volonté. A cette date, on dénombra déjà 50 tribus qui avaient dû abandonner leurs terres ancestrales.

En application de l' "Indian Removal Act", de 1831 à 1838 les Cherokees, au terme d'une lutte qui aura duré une décennie et déchirés par des divisions au sein même de leur camp, devront faire un important mouvement migratoire et prendre la piste des larmes ("Trail of Tears") pour s'établir dans une réserve de l'Oklahoma, parmi d'autres tribus déplacées.

En 1836, Andrew Jackson, alors président des Etats-Unis et connu pour sa profonde hostilité envers les Indiens, constatait avec satisfaction que les Indiens avaient disparu de l'Est des Etats-Unis à quelques exceptions près.

Création des Réserves Indiennes

Pendant les trois décades qui suivirent la guerre de 1812, le gouvernement des Etats-Unis mit en place une politique de transfert des tribus de l'Est vers l'Ouest de "Mississippi River", de façon à rendre la colonisation par les blancs plus facile. La méthode de la déportation des Indiens était un sujet de controverse. Le Président Thomas Jefferson pensait que les "Native Americans" civilisés devraient être considérés comme des citoyens des Etats-Unis. Cependant, pendant la présidence de James Monroe et après, il devint clair que les colons blancs souhaitaient une déportation totale, des civilisés ou non, de façon à prendre leurs terres. Le gouvernement fédéral créa alors un système de réserves où étaient cantonnés les Indiens.

Pendant cette période, plusieurs présidents furent élus au moins en partie à cause de leur réussite à écarter ou à tuer les "Native Americans" : Andrew Jackson, William Henry Harrison et Zachary Taylor entre autres.

• En 1817, un groupe d'environ 1.000 Cherokees connu sous le nom d' "Old Settlers" se dirigèrent volontairement, avant la migration forcée, vers l' "Indian Territory". La plus part s'établirent en Territoire de l'Arkansas sur des terres qu'on leur avait donné, à côté de l' "Arkansas River" au sud, et "White River" au nord, entre Fort Smith et Russellville. Ils installèrent un gouvernement, adoptèrent une constitution écrite se déclarant nation souveraine en 1827 et menèrent une vie paisible. Mais, en 1828, ils furent forcés de se rendre plus à l'Ouest en "Indian Territory" (Nord-est de l'Oklahoma), car leur terre ou leur maison avaient été occupées par des blancs et il leur était promis un dédommagement pour partir (un fusil, une couverture, une bouilloire, du tabac, 50$).

• Dans les années 1820 est créé l' "Indian Territory". C'est le début du système de réserves pour les "Natives Americans".

La "conquête de l'Ouest" par les colons entraina un fort développement économique à partir de 1826 dont les Indiens furent exclus, refoulés vers l'Ouest, ils furent ensuite transférés à l'Ouest du Mississippi.

Les Amérindiens qui survécurent aux massacres furent concentrés ("parqués") dans des réserves, le tout pour une compensation de 15 millions de dollars. Les territoires "vendus" représentaient environ deux millions de kilomètres carrés. La création des "réserves" avait été pensée dans un but précis: le gouvernement américain croyait ainsi pouvoir éviter les confrontations entre les Amérindiens et les colons blancs à propos des territoires. Par la même occasion, il espérait sans doute confiner les autochtones dans des zones où il serait possible de mieux les surveiller. En principe, les Indiens étaient généralement libres de vivre à leur guise sur leurs territoires tant qu'ils restaient "pacifiques" et se comportaient en "bons Indiens". Cependant, comme la frontière américaine progressait vers l'Ouest, les territoires indiens attirèrent les colons blancs qui estimaient que les autochtones empêchaient leur développement.

À la longue, les réserves perdirent de leur superficie ou furent déplacées vers des zones moins convoitées. Au cours des années 1880, les zones réservées aux autochtones avaient déjà été réduites à une superficie de 53,4 millions d'hectares. Comme les Indiens arrivaient difficilement à vivre de leurs terres, le Bureau des affaires indiennes s'efforça de leur faire adopter le mode de vie américain. En même temps, la loi Dawes de 1887 allait autoriser l'éclatement des réserves (voir ci-dessous).

3- La "Homestead Act"

Cette Loi agraire sur la propriété est destinée à favoriser l'arrivée rapide de pionniers au-delà du Mississipi à la fin du XIXe siècle. La "Homestead Act" du 20 mai 1862, concède gratuitement un carré de un demi mile de côté soit 160 acres (65 ha) de terres agricoles à toute famille non indienne qui s'engage à résider et à mettre en valeur le terrain qu'elle a en fermage, pendant au moins cinq ans. A l'issue, elle en deviendra automatiquement propriétaire, pour le montant des droits d'enregistrement, environ 3$.

Il n'y eut pas de ruée: il fallait pour survivre dans les plaines semi-arides de l'Ouest une superficie au moins 4 ou 5 fois plus grande; mais les spéculateurs profitèrent de l'occasion.

Cette Loi audacieuse se trouva limitée par deux autres lois : l'une concédait aux compagnies de chemins de fer des milliers d'hectares de part et d'autre des voies ferrées, l'autre donnait d'importantes concessions aux Etats pour construire des écoles. A cela s'ajoutaient les conditions particulières du milieu naturel; s'il est possible de vivre avec une soixantaine d'hectares au Dakota, il faut y renoncer dans les zones arides de l'Arizona ou de la Californie.

4- L' "Indian Appropriation Act" du 3 mars 1871

En adoptant l' "Indian Appropriations Act", le 3 mars 1871, le Congrès met fin à l'ancienne politique des traités avec les tribus Indiennes qui était pratiquée depuis la période coloniale et lui permet d'affirmer son emprise sur les Indiens. La loi ne reconnait plus les nations Indiennes indépendantes mais seulement les individus. Les États-Unis abolirent de façon unilatérale le statut souverain des tribus Indiennes, faisant d'elles le jouet des législateurs américains.

Cette loi modificative réaffirmait toutefois la validité de tous les traités conclus avant le 3 mars 1871 avec les différentes tribus Indiennes, renforçant ainsi le caractère juridiquement contraignant de tous les traités conclus avec les Indiens et ratifiés par le Congrès américain. Mais les règlements et dispositions adoptés après 1871 vidèrent de leur substance les traités, qui furent interprétés par les Américains dans un sens qui leur était favorable.

On comprend aisément que cette politique de modifications unilatérales des traités soit aujourd'hui encore à l'origine de nombreux différends entre les Indiens et le gouvernement fédéral de Washington. Un grand nombre de tribus continuent à revendiquer le respect des traités d'origine.

Entre 1607 et 1776 au moins 175 traités ont été signé avec les anglais et les différents gouvernements coloniaux; et de 1778 à 1868, date à laquelle le Congrès mit un terme aux traités conclus avec des tribus indépendantes, 371 traités avaient été ratifiés par le gouvernement des États-Unis. Les directives seront dorénavant prises par le Congrès.

Le secrétaire à la Guerre du président Jackson, John Eaton, avait fait cette promesse solennelle aux autochtones:
"Si vous allez vers le soleil couchant, alors vous serez heureux. Là-bas, vous pourrez vivre en paix et dans la tranquillité. Tant que les rivières couleront et que grandiront les chênes, nous vous garantissons que ce pays sera le vôtre et qu'aucun Blanc ne sera autorisé à s'installer près de vous."

Évidemment, tous les traités furent rompus, qu'ils aient ou non été accompagnés de formules du type "permanent", "à jamais", "pour toujours" ou "aussi longtemps que le soleil brillera", les pionniers se livrèrent à des carnages contre les Cheyennes, les Arapahos, les Sioux, les Nez Percés, etc., ce qui équivalait presque à un génocide. Quant à l'armée fédérale, elle ne parvint que très rarement à maintenir l'ordre. Même si les chefs militaires n'ont jamais recommandé l'extermination des Indiens, certains officiers croyaient, comme tout le monde, que "le seul bon Indien est un Indien mort".

Comment justifier cette expansion territoriale ? Par le "Manifest Destinity" - le Destin Manifeste - lancé par John L. O'Sullivan dans un article en 1845 puis défendu par le Sénateur Robert Winthrop, qui signifiait que c'était la volonté de Dieu que les Américains s'étendent d'une mer à l'autre.

En 1881, Helen Hunt Jackson décrit le drame vécu par les Indiens afin d'éveiller les consciences, dans son livre "A Century of Dishonor".

5- La "Dawes Severalty Act" ou "General Allotment Act"

La Loi sur la propriété indienne et le lotissement des terres indiennes du 8 février 1887, autorise le Président des États-Unis à distribuer les terres en parcelles fixes par famille Indienne. Les terres excédentaires sont confiées à l'État pour être distribuées aux colons. La "Dawes Severalty Act" permit de procéder au lotissement des terres appartenant autrefois aux tribus qui furent réparties entre leurs occupants.

L'objectif de cette loi était d'intégrer les Amérindiens dans la société américaine blanche en les transformant en fermiers; sachant que la collectivité de terres pratiquée par les Indiens était suspecte aux yeux des Américains épris de libertés individuelles.

Bien que la superficie totale des réserves ait considérablement diminué après 1871 en raison de l'adoption de plusieurs lois, décrets et règlements, cette loi fut celle qui eut le plus grand impact sur les territoires qui étaient restés aux Indiens.

La Loi permettait d'attribuer des terres à des membres de tribus et déclarait le reste du territoire, jadis réservé par le traité de Fort Laramie de 1851, comme excédentaire et ouvert à la colonisation européenne. C'est ainsi que l'Oklahoma, officiellement territoire des "Cinq Nations" en 1834, fut ouvert aux colons en 1889 et devint un Etat de l'Union en 1907.

Chaque chef de famille Amérindien se vit ainsi allouer 160 acres de terres (65 ha), chaque célibataire 32 ha, et chaque jeune âgé de moins de 18 ans eut droit à 16 ha.
La législation prévoyait que les Indiens ne pouvaient transférer le titre de propriété de leurs terres qu'à expiration d'une période de 25 ans. Bien que les familles soient propriétaires de leurs terres pendant cette durée, celles-ci étaient gérées par le "Bureau des Affaires Indiennes".

Cette Loi entraîna une réduction considérable des territoires. La plupart des Indiens qui avaient acquis des parcelles, les louèrent à des colons dans un premier temps, puis les vendirent et se retrouvèrent vite démunis. Les terres de réserves qui n'avaient pas été distribuées furent cédées à bas prix par le BIA, la majorité des acquéreurs étant des Blancs. Les Indiens furent ainsi privés d'une grande partie des terres qui leur restaient

La majorité des Indiens ne réussirent pas à passer de l'état de chasseur à celui de fermier, et un grand nombre d'entre eux, poussés par la misère, durent abandonner leurs terres à l'expiration du délai de 25 ans. Ce phénomène fut amplifié par le fait que les terres qui avaient été données aux Indiens étaient souvent impropres à un usage agricole.

Cette loi prévoyait également la construction d'écoles afin d'apprendre aux Indiens le mode de vie des blancs.

Seuls, Roger Williams qui considère les Indiens comme les maîtres de ce continent et William Penn qui veut contracter et acheter des terres aux Iroquois, se comportent avec humanité.

Période d'après 1890

C'est au début du XXe siécle que les populations indiennes atteignirent leurs taux les plus bas.Territoires indiens (comparatif)

Aujourd'hui Les territoires peuplés par les premiers habitants d'Amérique du Nord ne représentent plus que 2,3 % de la superficie des Etats-Unis.
• En 1911 est fondée par une cinquantaine d'Amérindiens des classes moyennes, la "Society of American Indians" (l'Association des Indiens Américains), pour exprimer les problèmes se posant aux Américains indigènes, tels que les façons d'améliorer la santé, l'éducation, les droits civiques, et le gouvernement local.
• En juin 1924: : le Congrés vote l'"Indian Citizenship Act" qui accorde finalement à ces Américains d'origine la citoyenneté des Etats-Unis. Cependant ils n'ont véritablement eu accés aux urnes à tous les échelons locaux que depuis 1948, quand ces droits ont été obtenus en Arizona et au Nouveau-Mexique.

• Le rapport Meriam publié en 1928 ouvrit les yeux du gouvernement de Washington sur les conséquences catastrophiques du "Dawes Severalty Act" pour les Indiens et sur la nécessité d'entreprendre des réformes pour mettre fin à cette misére.
Les autorités chargées des affaires indiennes procédérent à la vente des terrains, et c'est ainsi qu'en 1932, les Indiens avaient perdu environ 2/3 des terres qui leur restaient.
Le BIA répartit lui-même le produit de la vente des terres, et versa souvent aux Indiens des sommes qui n'étaient que légérement supérieures aux allocations versées par l'état aux indigents. Les Indiens ne purent pas dépenser leur argent de la façon qu'ils jugeaient utile.

Le "New Deal" : "Indian Reorganization Act" 1934

Sous l'autorité de John Collier, chef du Bureau des Affaires Indiennes, de nouveaux projets virent le jour qui aboutirent le 18 juin 1934 à l'"Indian Reorganization Act" ou "Wheeler-Hower Act" (Loi de "Réorganisation Indienne").

Cette loi recommandait au gouvernement américain de prendre plusieurs mesures en faveur des Indiens qui avaient acquis la citoyenneté américaine en 1924 grâce à l' "Indian Citizenship Act". On mit fin à la politique de lotissement des terres, et on autorisa de nouveau les tribus à pratiquer la propriété collective.
Les habitants des réserves eurent le droit d'élire leurs propres gouvernements et parlements calqués sur le modéle de la démocratie européenne, et purent se donner une constitution.

Toutefois, le systéme des chefs tribaux fut aboli. La disparition des chefs tribaux engendra le scepticisme d'un grand nombre d'Indiens et un phénoméne de rejet vis-à-vis de ces changements : le souvenir que le gouvernement avait souvent violé ses promesses était resté vivace. Les Indiens craignaient beaucoup d'être de nouveau dépouillés d'une partie de leur identité. C'est ainsi qu'au début, le systéme traditionnel perdura aux côtés des nouvelles formes de gouvernement dans un grand nombre de réserves. Aujourd'hui, on rencontre de plus en plus d'Indiens traditionalistes qui occupent des fonctions au sein des Conseils tribaux.

Le droit de veto du gouvernement fédéral subordonnait toutefois cette nouvelle forme d'auto-administration et d'indépendance au bon vouloir des Américains, les décisions prises devant être entérinées par le Bureau des Affaires Indiennes pour être exécutables.

Les Indiens purent pour la premiére fois trouver un emploi au sein du BIA, et le gouvernement américain débloqua des fonds pour des projets industriels et agricoles.

Ces mesures positives qui marquaient un infléchissement de la politique vis-à-vis des Indiens ne furent cependant que de courte durée, dés 1941, le spectre de la politique indienne réapparut.

• En 1944 est fondé le "National Congress of American Indians". c'est la plus ancienne et la plus importante organisation toujours en activité. Elle répondait à la politique fédérale de rupture et à la législation hostile qui se sont avérées dévastatrices pour les Nations Américaines Indigènes. NCAI est consacré à la restauration et à l'exercice de la souveraineté tribale et à la viabilité continue de tous les gouvernements tribaux.

"Indian Claims Commission" (La commission des griefs)

L' "Indian Claims Commission" fut créée en 1946 afin de résoudre une fois pour toutes un probléme resté en suspens : celui des revendications territoriales des Indiens. Cette commission avait reçu pour mission de répondre de façon définitive à toutes les demandes de réparations et aux revendications territoriales présentées par les Indiens, qui se fondaient sur les traités passés autrefois entre les tribus et les Etats-Unis, en accordant notamment des indemnisations. Il ne s'agissait pas en l'occurrence de restituer aux Indiens les terres qui leur avaient été confisquées de façon illégale, mais de les indemniser. Le montant des dédommagements fut fixé en tenant compte de la valeur des terres au moment où les Américains se les étaient appropriées : ce montant était largement inférieur à leur valeur marchande réelle.

Il apparut vite que les Etats-Unis d'Amérique avaient été édifiés sur des fondations fragiles. La commission créée par le gouvernement dut reconnaître les revendications foncières les unes après les autres : on saisit la dimension du probléme lorsqu'on sait que les Amérindiens s'étaient vu attribuer jusqu'à 80 % des terres dans certains Etats (par exemple la Californie et la Floride).

Au début des années 1950, l'augmentation du nombre de titres de propriété foncière reconnus par l'Indian Claims Commission et la montée en puissance des forces conservatrices firent resurgir la question de l'intégration des Indiens dans la société blanche.

"Termination Act" (Fin du statut spécial accordé aux Indiens)

Sous la pression, le Congrés adopta le 9 juin 1953 la résolution 1804 dite de "Termination Act", qui supprimait le statut spécial dont bénéficiaient les Indiens dans les réserves. Ceux-ci devaient bénéficier dorénavant des mêmes droits que les autres citoyens américains et avoir les mêmes devoirs.
Cette loi priva également les habitants des réserves des avantages qui leur avaient été octroyés, en faisant abstraction du fait que ces "avantages" étaient des obligations que les Etats-Unis avaient contractées vis-à-vis des Indiens en contrepartie de la cession de leurs terres. Les programmes sociaux et éducatifs furent les premières victimes de cette résolution.

Cette politique eut des conséquences catastrophiques pour les Indiens, qui perdirent non seulement le peu d'indépendance qui leur avait été accordée, mais également la quasi-totalité du territoire des réserves, les privant ainsi presque entièrement de leurs moyens de subsistance. Dans les Etats très conservateurs tels que la Californie (où l'Indian Claims Commission avait reconnu aux Indiens des droits sur d'immenses territoires), la grande majorité des terres indiennes restantes disparut, entraînant un exode des Indiens vers les centres urbains.
Plus de 100 tribus furent ainsi éparpillées de 1954 à 1962. La misére générale et le désespoir des Indiens allant croissant, ces derniers se mirent à opposer une résistance de plus en plus importante.

Vers plus de souveraineté

Dans le contexte du vent de révolte qui souffla sur les Etats-Unis dans les années 1960 (Black Power, mouvement contre la guerre au Vietnam, mouvements estudiantins), les politiques révisèrent leur position face à cette résistance et à la prise de conscience de la population indigène. Les programmes de réforme initiés par le nouveau président des Etats-Unis, John F. Kennedy, firent une place au principe d'autodétermination, qui prévoyait une plus grande participation des Indiens aux affaires les concernant, mettant ainsi un terme à la politique menée dans les années 1950.

C'est en 1970, sous le mandat du président Nixon, que cette nouvelle approche du gouvernement américain mit fin à la politique dite de "Termination".
"La politique de rupture violente (Termination) des relations entre les Indiens et le gouvernement des Etats-Unis est erronée. Les relations particulières qui existent entre les Indiens et le gouvernement fédéral découlent d'obligations officielles contractées par le gouvernement des Etats-Unis. Il n'est pas opportun d'y mettre fin. Au contraire, l'autodétermination des Indiens peut et doit être renforcée. Ceci doit être l'objectif de notre nouvelle politique nationale vis-à-vis des Indiens".
Déclaration du président Nixon le 8 juillet 1970

Les relations entre les Indiens et le gouvernement des Etats-Unis évoluèrent alors de façon constructive, et plusieurs lois importantes pour les Amérindiens furent promulguées dans les années 1970.
On citera parmi elles:

• La loi sur l'éducation ("Indian Education Act") de 1972, qui prévoyait d'améliorer l'offre en matiére de formation et d'éducation destinée aux Indiens. L'objectif était de dispenser aux Indiens une meilleure formation - notamment scolaire - afin de faciliter ultérieurement leur entrée dans la vie professionnelle.

• L'adoption de la loi sur l'autodétermination et la promotion de l'éducation des Indiens "Indian Self-Determination and Education Assistance Act" en 1975, posa un autre jalon important pour l'évolution des relations entre le gouvernement fédéral et la population indigène. Cette loi conférait à différentes autorités (notamment celles responsables de l'enseignement, des affaires intérieures et de la santé) la possibilité de négocier directement des programmes avec les différents Conseils tribaux au lieu de le faire avec le Bureau des Affaires Indiennes comme cela était le cas jusqu'à présent.
Cette loi stipulait aussi que certaines missions devaient être confiées par le BIA aux Conseils tribaux si ceux-ci le souhaitaient; ces missions contractualisées étaient financées par le BIA. La quasi-totalité des réserves dispose aujourd'hui de forces de police, de tribunaux et d'infrastructure d'éducation et de santé (des programmes de construction de logements ont également été initiés plus récemment). Leur financement continue toutefois d'être assuré par Washington, ce qui ne laisse pas de susciter des controverses.

• L' "Indian Health Improvement Act", loi sur l'amélioration de la santé des Indiens de 1976, se fixa pour objectif d'améliorer la couverture sanitaire des habitants des réserves, et encadra la formation des Indiens dans le secteur de la santé.

Deux autres lois importantes pour les premiers habitants d'Amérique du Nord furent adoptées en 1978.

- La premiére, intitulée "Indian Child Welfare Act", interdisait la pratique qui consistait à enlever aux familles indiennes et contre leur volonté leurs enfants pour les faire élever dans des familles non-indiennes (cette mesure avait été adoptée au dix-neuviéme siècle pour assurer aux enfants indiens une "bonne" éducation).

- La seconde, sur la liberté de religion des Indiens américains intitulée "American Indian Religious Freedom Act" jeta les bases de la protection et de la préservation des religions traditionnelles des Indiens. Ce texte est essentiel pour eux, notamment à une époque de retour aux valeurs et aux traditions.

1968
Fondation de l'"American Indian Movement" (AIM)

1973
Occupation de Wounded Knee dans le Dakota du Sud

1978
Marche contre l'abrogation des traités indiens de Californie à Washington

1983
Le Congrés abolit la politique de Termination et reconnaît la diversité des tribus et le droit de chacune d'elle à se déterminer.

 

Sources:

- "Une politique d'oppression et de persécutions qui dure depuis plus de deux siécles" par Karl-Heinz Prestel, membre de l'Association for the support of North American Indians (ASNAI, Berlin)

- Esquisse de l'Histoire des Etats-Unis par l'"United States Information Agency".

- LE PETIT ROBERT 2, Dictionnaire universel des noms propres 1985.