Histoire épique de la rencontre entre les peuples indigènes et les britanniques. "Terre de tous les rêves et de toutes les libertés, patrie de la démocratie et du melting pot… l’idéal américain, haï ou adoré, recèle d’innombrables idées reçues." Hélène Harter

Jean-Louis Lebris de Kerouac
alias
Jack Kerouac
1922-1969
Ecrivain américain
"Rebel With(out) a Cause"

Il choisit de voyager à travers les Etats-Unis et le Mexique et d'en écrire le récit dans la nouvelle mythique "On the Road". Jack Kerouac s'intéressa aux exclus du rêve américain et devint le chef de file du mouvement littéraire la "Beat Generation"

Jack Kerouac fait partie de ces écrivains sur lesquels tout a été dit. L'impact d Kerouac sur des milliers de pesonnes est immense. De nombreuses biographies et thèses se sont alimentées de son nom et de son œuvre. Il faisait partie de ceux que la presse dénomma la "beat generation". Qui était ce personnage mythique?

Jean-Louis Lebris de Kerouac

"Canuck" ou "Coon-ass"

Jack Kerouac, baptisé à l'Eglise catholique Jean-Louis Lebris de Kerouac, est né le 12 mars 1922 au 9 Rupine Road à Lowell, petite ville industrielle et centre de tissage dans le Massachusetts. Sa famille est doublement émigrée : de Bretagne vers le Québec, puis à la fin du XIXe siècle, du Canada vers les Etats-Unis. Il est aussi appelé Ti Jean et plus tard surnommé Jack, il est le plus jeune des trois enfants de Leo-Alcide Kirouack, imprimeur puis linotypiste à New Haven et plus tard à Brooklyn et de Gabrielle-Ange Lévesque, femme au foyer et mère protectrice.

Léo-Alcide Kirouack, qui plus tard changea son nom en Kéroack, était né en 1889 à Saint Hubert (Québec) en terre canadienne, alors que Gabrielle-Ange Lévesque, par une tournure du destin, était également née au Canada, précisément à Saint Pacôme, alors que sa mère voyageait au Québec pendant les vacances de Noël. Elle était venue de Nashua, New Hampshire, chez les parents de son mari et dut prolonger son séjour jusqu'en février 1893. Elle a alors donné naissance aux filles jumelles, dont l'une est devenue la mère de Jack.

Sa langue maternelle est le français, que l'on parle à la maison; dans la rue, on se fait appeler "canuck" (Français originaire du Canada) ou "coon-ass" (cul de raton laveur), manière peu flatteuse de qualifier les "nègres blancs de l'Amérique", venus du Québec travailler dans les filatures. Il n'apprendra l'anglais qu'à l'âge de six ans.

A l'âge de 4 ans il a le cœur brisé par la mort de son frère Gérard (le 26 juillet 1926) âgé de neuf ans, ce qui, plus tard, le conduira à écrire "Visions de Gérard". Kerouac passe sa jeunesse entre ses études, sa mère "Mémère" dont il est très proche, les activités sportives et ses nombreux amis.

Le catholicisme fervent dans lequel Jack grandit tranche évidemment avec le protestantisme majoritaire aux États-Unis. Mais ce sont pourtant ses racines "canuck" et sa francophonie qui sont à l'origine d'un perpétuel sentiment d'exclusion. C'est ce sentiment d'être étranger et différent qui est sans doute à la base de son rapprochement des exclus de l'Amérique, auxquels il s'identifie.

Un choix de vie

La lecture de Jack London lui révèle un monde fascinant fait de voyages et d'aventures. C'est dès le plus jeune âge, dix ans environ, qu'il commence à se découvrir une passion pour l'écriture, qu'il manifeste en écrivant de longues lettres à ses proches ou des nouvelles Kerouac sportifen se basant sur un show de la radio nommé "The Shadow" et plus tard sur les nouvelles de Thomas Wolfe et sa vision d'une Amérique mythique.

La famille Kerouac connaît des difficultés financières, mais l' aptitude et les performances sportives de Jack lui valent, en 1939, d'obtenir une bourse d'étude. Jack Kerouac aide alors sa famille en participant au championnat de football américain avec l'équipe de l'Université Columbia où il a choisi de se rendre. A la vérité, Kerouac considérait la littérature à l'égal du sport et de la musique, ses deux autres passions.

Il habite Broadway, dans un univers incomparable à celui de Lowell. Etudiant de bon niveau à l'Université Columbia de New-York il fréquente aussi les musiciens de jazz et est attiré par les bas-fonds de la ville.

Il obtient son diplôme en 1940 et revient quelques temps dans sa ville natale. Puis vinrent les problèmes, la même année, Jack Kerouac se fracture un tibia, se dispute avec son entraîneur, et en termine avec sa carrière sportive. Il profite de sa convalescence pour lire Thomas Wolfe et sa vision d'une Amérique mythique qu'il découvre. Jack interrompt ses études. Il projète alors de s'évader et de voyager.

Les petis boulots

En sembre 1941, il quite le foot-ball et l'Université et pendant sept ans, sans argent, il a recours aux métiers les plus divers pour réaliser son projet.

Ses envies grandissantes de voyage le conduisent en mer. Il est embauché dans la marine marchande.

Le 15 juillet 1942, Kerouac écrit une lettre à Norma Blickfelt, dans laquelle il explique : "Quel étrange appel j’entends en provenance de la mer ! Peut-être mes ancêtres, des pêcheurs bretons, s’agitent-ils dans mon sang. Peut-être suis-je fatigué d’une vie ennuyeuse et banale. Peut-être suis-je fou... mais je dois partir. Je n’ai pas besoin de te dire à quel point je suis impatient d’être parti, mais sans doute voudrais-tu savoir pourquoi je choisis de faire ça".

En février 1943, il tente une expérience militaire, s'engage dans la Navy dont il est renvoyé après quelques semaines en raison d'un "caractère indifférent", dont il n'aurait pas supporté la discipline.

Il est à nouveau embauché embauché sur un navire de marine marchande comme plongeur sur le S.S. Dorchester, qui doit convoyer une cargaison de dynamite et de matériel de terrassement au Groenland. La mission est risquée car l'Atlantique Nord est sillonné par les U-boats allemands. De retour à New-York, l'armée ne veut pas de lui, il repart sur un navire transportant une cargaison de bombes destinée à l'Angleterre.

De retour à New York, le 13 août 1944 Lucien Carr poignarde Krammerer qui tentait de le violer. Il raconte l'histoire à Jack. Insouscients, les deux amis sortent visiter les bars de Harlem ety se débarrasser de l'arme du crime. Un peu plus tard, la police emmène Jack à la maison d’arrêt de la 98e rue en qualité de témoin matériel et de complice après le crine pour avoir aidé l'auteur à jeté l'arme. Sa caution est fixée à cinq mille dollars. Désargenté, Jack ne peut payer sa libération et Léo son père est bien incapable de se procurer une telle somme. Il est transféré dans la prison de Bronx City. William Burroughs a été également arrêté en qualité de témoin matériel mais sans complicité. Sa caution est fixée à deux mille dollars que sa famille accepte de couvrir.

Frankie Edie Parker vient rendre visite à Jack en prison. Elle propose de l’épouser pour emprunter l’argent de la caution à sa famille. Jack est autorisé à quitter la prison pour se marier à la mairie. Sa famille au grand complet vient le visiter à son tour, plutôt surprise mais satisfaite d’un mariage pourtant improvisé sous la nécessité. Léo et Mémêre le considèrent comme un fils désorienté, mais innocent, victime d’amitiés décadentes. Edie et Jack s’installent à Grosse Pointe, dans le Michigan. Le père d’Eddie lui trouve un emploi dans l’usine Mogul de Détroit où il compte des roulements à bille, de minuit à huit heures du matin. Il passe en réalité son temps à prendre des notes sur des ouvrages de critique littéraire. Il rembourse tous les mois une partie de sa dette. Jack et Edie craignent en outre d’être stériles tous les deux, ce qui n’arrange pas leur relation. Loin de la commune de New York, leur existence est vide. Au bout de deux mois, Jack décide de rentrer à New York. Edie réglera un peu plus tard à Detroit les papiers du divorce.

Avant la route

Jack vit à New York dans une ambiance de trafics en tous genres, de grandes années de débauche, riches en "dérèglements des sens". Il se prend de compassion pour les exclus, les clochards et les victimes du racisme.

Il décide alors de mener une vie de vagabond, dans laquelle il trouvera l'inspiration pour ses futurs romans. L'aventure routière commence sur la route 6 pour rallier l'illinois, le Mississipi, le Nebraska le Colorado; plus que les paysages grandioses ce sont les fermiers, les cow-boys, les chauffeurs routiers, les clochards ou les propriétaires de ranchs…qui attirent son attention. Il retrouve Neal Cassady à Denver au Colorado puis se rend à San Francisco terme de son premier voyage, il y exerce provisoirement comme gardien de nuit. Son ami Neal l'entraîne à Selma en Alabama, il s'amourache d'une mexicaine rencontrée dans un Greyhound, il travaille comme cueilleur de coton, selon lui le métier le plus harassant qu'il aura exercé.

En 1943-1944 il rencontre Jack Kezrouacles personnes qui lui font découvrir des milieux dont il ne soupçonnait pas l'existence. Ce sont le poète Allen Ginsberg, le sulfureux William Burroughs ainsi que son ami l'énergique Neal Cassady. Le trio des écrivains "beat" naît en ces années de guerre.

En 1946, Jack fait la rencontre de Neal Cassidy, son mauvais génie si l'on peut dire. Cassidy, instable, toujours en mouvement, exerce une influence profonde sur Jack qui ne cesse pas d'admirer Neal. Ce dernier donne à Jack le coup de pouce nécessaire pour lui faire quitter sa machine à écrire, dire au revoir à sa mère et partir sur la route. À cause de son style de vie, on considère Jack comme l'ancêtre éloigné du mouvement hippie.

 

Puis en 1947, après la mort de son père, il décide de partir avec son copain Neal Cassidy qu'il a connu en 1946, parcourir les routes des Etats-Unis. Le voyage va durer dix ans se nourrissant de la nature et de rencontres éphémères. Ses expériences seront la matière de ses romans écrits à la machine, sur des rouleaux de papier, en prose spontanée comme la musique de jazz…. Au moment du départ il a changé de classe sociale et se rapproche de ceux qui l'inspirent, alors que culturellement il a inventé avec ses acolytes des modes de pensée et de vie nouveaux.

 

Kerouac et ses amis
Cette photographie montre Kerouac avec David Amram, Allen Ginsberg et autres.

Entre ses voyages maritimes, Kerouac fait escale à New York et revoit ses amis de Columbia. En 1948 il commence à écrire son premier roman "The Town and the City", qui est publié en 1950 et qui lui vaut une certaine reconnaissance en tant qu'écrivain. L'année suivante en 1951, en trois semaines il écrit "On the Road". Les 7 années qui suivirent ne furent que des échecs successifs vis à vis des éditeurs.

Le Mexique

Le plus long voyage Jack Kerouacqu'effectuera jamais Jack en voiture est sans conteste celui qui le conduit au Mexique au cours de l'année 1950. Jack ne demande qu'à se mêler aux habitants, vivre à leur rythme: cela suscite un vif étonnement de la part de tous les Mexicains. Il voit dans leur misère ce qu'il y a de plus précieux dans l'esprit beat; pour lui, la société mexicaine est plus pure, plus lumineuse que la société américaine. Kerouac y méne une vie d'étude (archéologie, lecture, théâtre;…) il s'intègre en consommant en route, filles de joie et marijuana facile à se procurer. L'état d'esprit qui règne au Mexique de cette époque est proche de celui de la fin du XIX e siècle. Le premier long séjour de Kerouac dans ce pays s'achève par son retour en stop, de Mexico à New York. En 1955, il entreprend un deuxième voyage à Mexico. Il en revient épuisé physiquement par les drogues.

Retour au pays

Sans un sou en poche il sait qu'il peut compter sur sa mère chez laquelle il retourne régulièrement pour écrire et se sentir à l'abri. Puis entre 1952 et 1953 on le trouve chef de train pour la Southern Pacific Railroad. En 1955, ses amis Burroughs et Ginsberg parviennent à publier alors que sa carrière d'écrivain stagne et ne trouve pas d'éditeur.

Jack se mariera trois fois. La première fois, il épousera Frankie Edith (Edie) Parker qu'il quittera deux mois plus tard. Ensuite, en 1951 ce sera Joan Harverty. Ce deuxième mariage ne durera guère plus longtemps que le premier puisque six mois plus tard, ils se quitteront. Janet Michelle (Jan), sa fille, est issue de ce second mariage. Née en février 1952, elle suit les traces de son père et devient écrivaine. Elle publie deux volumes, Baby Driver en 1981 et Trainsongs en 1988. Elle décède en 1996 à l’âge de 44 ans alors qu’elle travaillait sur son troisième volume intitulé Parrot Fever. Elle n’a pu mener à terme la contestation du testament de son père qui a fait en sorte que la famille Sampas a hérité des biens de Jack.

Fin 1955, Jack rencontre Gary Snyder, autre individu qu'il mettra en scène dans un de ses célèbres romans, "The Dharma Bums" (Les Clochards célestes) - il y est Japhy Ryder. Gary Snyder est bouddhiste, connaît le japonais et est tourné vers la nature et fascine Jack, par ce qu'il n'est pas lui-même. Snyder, passionné par la philosophie orientale l'initie sérieusement au bouddhisme. Les deux hommes décident de gravir ensemble le Matterhorn, montagne culminant à 4000m dans la Sierra Nevada. Jack parvient à se faire engager en juin 1956 comme surveillant des incendies dans un parc national de l'État de Washington. Là, il se retrouve coupé du monde en haut du Desolation Peak, ne voyant personne, ne parlant à personne. Jack en redescend soixante-trois jours plus tard au terme de la surveillance, plus que soulagé de quitter cet isolement volontaire. Il n'a pu que s'y observer lui-même, ce qu'il supporte très mal. Il racontera cette expérience dans "Lonesome Traveller" (Le Vagabond solitaire) publié en 1960.

Le Maroc puis la France

Début 1957 il se retrouve passager dans un tanker yougoslave en route pour le Maroc où il va revoir W.S. Burroughs, exilé à Tanger, il réside à l'hotel El Muniria. Jack ne passe que deux mois à Tanger. Pendant ces deux mois Kerouac aide Burroughs à mettre en ordre puis à dactylograhier des notes diverses amassées depuis ses années de déchéance toxicomane; de ce travail naîtra le "Festin nu", roman né des hallucinations de Burroughs.

Puis Jack Kerouac gagne la France, Paris où il rencontre son éditeur Gallimard, puis la Bretagne à la recherche vaine de ses ancêtres. Trente cinq ans plus tard, l'ancêtre breton de l'écrivain américain est enfin identifié, révèlent Patricia Dagier et Hervé Quéméner, auteurs d'un livre intitulé "Jack Kerouac, Au bout de la route, la Bretagne". Le 13 octobre 2006, la nuit de l'écriture à Huelgoat, a célébré les racines franco-canadiennes du clochard céleste en présence d'une délégation de l'association des Kérouac d'Amérique.

"Il ne s'y passa rien d'extraordinaire, sauf que j'y rencontrai la plus belle fille du monde. C'était inévitable. Comme la rencontre des paysages de Cézanne vers Aix-en-Provence, «les toits rouge terne et les collines lointaines, sous un halo de brume bleue» et les arbres de Van Gogh, près d'Arles, «les rangées de cyprès (qui) ballottaient."

Il est accompagné de Burroughs qui contacte l''éditeur français Olympia Press qui accepte de publier son roman en 1959 qui sera l'objet de nombreuses actions en justice aux Etats-Unis jusqu'à être condamné en 1965.

La vie errante de Kerouac faite de parcours insensés dans tous les sens entre les Etats-Unis et le Mexique prend fin lorsque "On the Road" (Sur la Route) est publié en 1957 avec un immense succès et qu'il commence à devenir populaire. Il sombre alors dans l'alcoolisme, échouant dans sa quête de spiritualité bouddhique, brisant les liens avec plusieurs de ses amis.... Cette déchéance pendant laquelle il écrivit quand même de nombreux livres et articles, apparut dans des shows télévisés et enregistra même trois albums parlés, fut la conséquence de l'incompréhension des médias, l'absence de reconnaissance de son travail par les critiques et des différents échecs de ses mariages avec Edie Parker et Joan Haverty (la mère de sa fille Jan Kerouac née le 16 février 1952).

La Beat Generation

La "beat generation" est un mouvement né vers le milieu des années 1940 de la rencontre entre Jack Kerouac, le poète Allen Ginsberg et l'écrivain William Burroughs. Le trio fréquente le monde des paumés et des drogués de Times Square enfants de la crise économique des années 30 et de la Deuxième Guerre mondiale, se frotte à la petite pègre et découvre le jazz de Harlem. En 1948 quand John Clellon Holmes demande à Kerouac de décrire les qualités de leur génération, il invente le terme "Beat generation". Puis en 1952 John Clellon Holmes fait connaître la phrase au grand-public en écrivant un article dans le Times Magazine intitulé "This Is The Beat Generation".

Depuis le XIXème siècle, le mot "beat" désignait un vagabond du rail voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises. Peu à peu ce mot désigne le tempo d'un morceau de jazz notamment que lui ont donné les musiciens noirs. "Beat" en vint à signifier une manière de traverser la vie; être "beat" devint être fatigué, lessivé, écrasé.

Kerouac y vit le style propre de toute une génération; il travaille le mot de façon à en faire ressortir d'autres significations, telles que "béat", "béatitude". Ce mal du siècle né du vertige des grands espaces et décrit par Kerouac l'a conduit a s'interroger sur ce monde trop vaste qui nous écrase. Dans les années 50-60 Gary Snider rencontre Kerouac et Ginsberg qui le décrivent comme le type le plus fou et le plus intelligent qu'ils aient rencontré. Gary Snider établit de nouveaux rapports entre l'homme et la nature, liés à une nouvelle compréhension de la nature de l'homme lui-même. L'influence de Gary Snider viendra infléchir le vagabond dont il est le personnage sous le pseudonyme de Japhy Rider dans The Dharma Bums (Les clochards Célestes), le moine bouddhiste itinérant, le vagabond sous son ombrelle trouée. "Beat" renvoie alors à la béatitude, à la disponibilité qui ouvre une nouvelle perception du monde. Le rapprochement de cet adjectif au mot "génération" est une référence directe au mouvement de la "lost generation" de Francis Scott Fitzgerald qui voulait s'affranchir du conformisme de l'Amérique des années cinquante.

Lors de la soirée du 7 ou du 13 octobre 1955 à la Six Gallery à San Francisco, Allen Ginsberg lit son poème "Howl" - qu'on peut traduire par hurler - cette virulente critique du rêve américain sidère son auditoire et le procès pour obscénité qui s'ensuivit fit connaître le mouvement Beat dans le grand public américain, comme le symbole de la révolte à venir d'une certaine jeunesse américaine antimilitariste, qui découvrait l'étrange Kerouac et ses drôles de copains, pionniers du mouvement "Beat".

Lorsqu'en septembre 1957, "On the Road" (Sur La Route) trouva enfin un éditeur; du jour au lendemain, l'Amérique fut pleine de beatnicks, c'est-à-dire, dans l'image de la grande presse, d'adolescents crasseux déguisés en clochards, cheveux longs et nu-pieds, trouvant des extases mystiques au fond de piaules sordides.

La secousse partie d'une bande de copains emportés par le tourbillon d'un narcissisme extatique, avait fini par transformer le paysage culturel, voire politique de l'Amérique et laissa une marque durable…

Le 2 avril 1958, le chroniqueur de potins Herb Caen, du San Francisco Chronicle, utilise le néologisme beatnik — par analogie avec Spoutnik (les russes viennent de lancer leur vaisseau spatial) — pour suggérer que les beats sont dans les nuages et pro-communistes. Il souhaite ainsi capter l'attention de ses lecteurs. Il fabrique un beau stéréotype qui va attiser la ségrégation contre les jeunes. Kerouac n'a pas prévu qu'il risque d'y laisser son identité d'écrivain. La mode n'est-elle pas pour l'artiste le masque de la mort? Pour l'instant, "On the Road" n'est pas publié ; le manuscrit déjà très remanié contrairement à la légende, vieillit dans l'indifférence.

L'identité comme problème

En 1957, juste avant de sombrer Jack Kerouac fait un voyage en France, passe voir Gallimard, mais se rend surtout en Bretagne et dans les bibliothèques spécialisées pour y amorcer des recherches de généalogie. Persuadé par intuition que ses ascendants sont de nobles bretons, il tente d'en retrouver la trace dans ces vieux registres qui établissent les arbres des grandes familles. La quête est à la fois frénétique et vaine, elle versera de toute façon dans l'alcool. (Des recherches généalogiques récentes auraient permis d'identifier les ancêtres français de Jack Kerouac)

"Bref, j'essayais de découvrir quelque chose sur mon ancienne famille, j'étais le premier Lebris de Kerouak à remettre les pieds en France, au bout de deux cent dix ans, pour essayer d'y voir clair, et j'avais prévu de me rendre en Bretagne puis ensuite en Cornouaille anglaise (la terre de Tristan et du roi Marc), et après cela j'allais débarquer en Irlande pour trouver Isolde et, comme Peter Sellers, recevoir un coup de poing en pleine figure dans un pub de Dublin. Ridicule, mais le cognac me réussissait si bien que j'allais tenter ma chance".

JK Home Florida
Jack Kerouac a vécu et écrit dans cette maison à Orlando en Floride au moment où "On the Road" lui procura un succès national. Et c'est dans cette maison qu'il écrivit d'un seul trait en onze frénétques jours et nuits "The Dharma Bums". La maison de Kerouac est maintenant un hommage littéraire vivant à l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. Comme tous les autres lieux que Kerouac a visité lors de ses voyages, il ne vécut pas ici longtemps. Mais cette maison représente un moment critique dans sa vie, quand il est passé, à l'âge de 35 ans, de l'état d'écrivain inconnu, à celui de poète de la "Beat Generation".

Son troisième mariage, en 1966, fut avec Stella Sampas, sœur d'un ami d’enfance tué en Europe au cours de la seconde guerre mondiale. L’œuvre littéraire de Jack est maintenant étudiée dans plusieurs collèges et universités à l’échelle planétaire. Il a marqué sa génération et figure aujourd'hui comme un des plus grands auteurs américains du XXe siècle. Il a de plus fait l'objet de plusieurs écrits tant en français qu'en anglais.

Abattu et seul, il passe la fin de sa vie dans cette maison à St. Petersburg en Floride, en compagnie de sa troisième femme Stella Sampras.

Le 21 octobre 1969, il s'éteint à l'âge de 47 ans à St. Petersburg en Floride.

JL Kerouac grave (tombe)
Tombe de Jack Kerouac au Edson Cemetery à Lowell, Massachusetts avec ce épitaphe :
"He Honored Life"

Le 24 octobre 1969, on enterrait au cimetière catholique de Lowell, morne petite ville industrielle du Massachussetts, le corps de Jack Kerouac, mort des suites de varices œsophagiennes hémorragiques (vraisemblablement d'origine alcoolique).

Depuis quelque temps, il n'était plus que l'ombre de lui-même, revenu auprès de sa mère. Il resta sourd à la musique de Woodstock dont il aurait pu y reconnaître, comme Ginsberg, la moisson de ce que lui et ses amis avaient semé. Un chapitre était clos. Kerouac le clochard céleste, lampant sa gnôle à même le goulot et scandant ses blues à l'escale de la grande-route avait été la star numéro un du mouvement Beat qu'une Amérique un peu effarouchée avait vu exploser en 1955-57.

"Pratiquer l'endurance, la bonté, cultiver la joie du coeur". Telle est la règle de conduite d'un Rimbaud réincarné en James Dean (1931-1955) qui fut son contemporain.

Trois ans plus tard, en 1972, sa mère Gabrielle-Ange Lévesque, qu'il appelait affectueusement Mémère, décède.

Ses œuvres

"The Town and the City"
The Town and the City (traduit par Avant la Route)

Son premier livre publié en 1950 est intitulé "The Town and the City". Il est dit que Kerouac se battait contre le conformisme et rejetait les standards de la fiction contemporaine. Le rebelle de 29 ans traduit là son anti-conformisme, son refus des normes du temps et l'amour de la vie libre et sans souci. Dans The Town and the City, le père dit que les choses ont commencé à mal tourner ‘il y a 30 ans', c'est-à-dire au début du siècle. Il est évident que Jack partageait ce point de vue.

"On the Road"
(traduit par Sur la Route)

"On the Road", l'œuvre phare de Kerouac, publiée en 1957, influence toute une génération de jeunes, précurseurs des hippies. Kerouac refuse cependant le mot «beatnik», qui selon lui, est péjoratif. Comme le déclare J. Kerouac son ouvrage fut écrit en moins de trois semaines et montrait un nouveau style. Cette nouvelle façon d'écrire, spontanée était inédite. Il possédait une étrange énergie qui dérangea les écrivains traditionnels et empêchait Kerouac d'être reconnu.

On the Road"Du 2 avril au 22 avril 1951, j'ai écrit 125 000 mots d'un roman complet, une moyenne de 6 000 mots par jour, 12 000 le premier, 15 000 le dernier. J'ai raconté toute la route à présent. JE Suis allé vite parce que la route va vite….écrit tout le truc sur un rouleau de papier de 36 mètres de long. Je l'ai passé dans la machine à écrire et en fait pas de paragraphes …Je l'ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route…"

L'auteur craignait de perdre le filon de sa pensée, si seulement il devait s'interrompre un seul instant. Il avait donc construit ce parchemin ingénieux, par collage successif de feuilles. Pendant 20 jours donc, "Kerouac ne va cesser de taper son roman, ne se nourrissant que de café et de soupe aux pois cassés. Il sue tellement qu'il change de tee-shirt des douzaines de fois…" . "Au bout du rouleau", Kerouac, Journal Libération, le 22 mai 2001, par Édouard Waintrop.

"On the Road" est le récit des errances de l'auteur (Jack Kerouac porte dans ce livre le pseudonyme de Sal Paradise). Voyageant en auto-stop à travers les Etats-Unis jusqu'au Mexique, avec son ami Dean Moriarty, (inspiré par Neal Cassady), logeant chez qui l'accepte, partageant histoires et expériences amoureuses, et alcool avec des amis de rencontre, Kerouac s'abandonne à la loi du hasard, à la recherche d'une fraternité réelle entre les gens. Le récit est le compte rendu de cette quête avec ses moments d'euphorie, mais aussi ses passages à vide, ses instants nuls, ses échecs. Kerouac rend parfaitement la nostalgie des grands espaces et le style de vie non matérialiste des protagonistes. Ce style qui fut adopté par de nombreux lecteurs et aida à propulser le statut de Kerouac à celui d'un mythe.

Mais après la publication de "On the Road", il vit mal son succès. Il s'éloigne de ses amis écrivains beat comme Allen Ginsberg et dans une moindre mesure William S. Burroughs. Il reproche à Ginsberg de trop rechercher l'attention du public et de trahir l'esprit beat. Il est également irrité par le développement d'un bouddhisme de mode, dont il est en partie responsable.

On ne s'étonnera donc pas qu'au moment du 50e anniversaire de la publication du bréviaire "cool et rebel" qu'est devenu "On the Road", soit devenu en même temps une marchandise très rentable pour l'ensemble des secteurs de l'industrie des loisirs. L'édition en fac-similé du fameux rouleau-tapuscrit original sera exposé tout l'hiver à la Bibliothèque de New-York dans le cadre d'une manifestation "Beatific Soul : Jack Kerouac on the Road"; le lancement de l'adapatation cinématographique du roman après de nombreux revirements; de la nouvelle édition dans sa mouture originale de "On The Road" enfin disponible; sans parler des nombreux essais sur le père de la Beat generation.

Selected Letters
(Lettres choisies)

Ecrites entre 1940, quand Kerouac était un étudiant de première année d'université, et 1956, juste avant son saut éperdu dans la célébrité, ces lettres offrent un aperçu de valeur inestimable dans l'univers intime de Kerouac : vie de famille de ses amitiés, ses voyages, ses aventures amoureuses, et son apprentissage littéraire. Plusieurs des lettres ont des annotations écrites par Kerouac lui-même peu avant sa mort.

La "Beat Nippe" branchée.

Jack Kerouac qui s'habillait pour quelques dollars dans les boutiques de l'Armée du Salut et usait ses vêtements jusqu'à la corde, serait sans doute étonné de voir qu'une marque italienne de luxe fabrique des bottines de nubbuck, sacs de voyage et autres blousons de cuir à son nom, en utilisant dans sa collection Jack Kerouac Project les "codes du nomadisme" en tant que clichés beatniks. Burroughs prétendait que le mythe beat avait surtout servi à vendre des jeans. En 1995, GAP a fait la promotion de ses pantalons kakis avec les images de Ginsberg et Kerouac. Récemment, Kerouac a du se retourner dans sa tombe lorsqu'une vieille valise lui ayant appartenu ainsi que son imperméable et son pardessus râpés ont été acquis aux enchères, par Johnny Depp, pour 15.000 et 10.000 dollars.

 

Ses autres ouvrages comprennent de la prose, de la poésie, des écrits bouddhistes, des haÏkus et des enregistrements sonores :

• Selected Letters (1940-1956)
• The sea in my bother (1943)
• Scattered Poems (1945-1968)
• The Town and the City (Avant la route) (1946-1949)
• On the Road (Sue la route (1951-1956)
• Visions of Cody (1951-1952)
• Pic (1951)
• Doctor Sax (Docteur Sax) 1952
• Books of Dreams (1952-1960)
• The Subterraneans (Les Souterrains) (1953)
• Maggie Cassady 1953
• The Dharma Bums ( Les Clochards Celestes) 1953-1956)
• Some of the Dharma (1954-1955)
• San Francisci Blues (1954)
• Poems all Sizes (1954-1965)
• Book of Blues (1954-1961)
• Wake Up (1955)
• Mexico City Blues (1955)
• Tristessa(1955-1956)
• Visons of Gerard (Visions de Gérard) (1955-1956)
• Desolation Angels (Les Anges de la Désolation) (1956)
• Old Angel Midnight (Viel Ange de Minuit) (1956)
• The Scripture of the Golden Eternity (1956)
• Heaven and other Poems (1957-1962)
• Good Blonde &Others (Vraie Blonde & Autres) (1957-1969)
• Pull My Daisy (1959)
• Trip Trap (1959)
• Lonesome Traveller (Le Vagabond Solitaire) (1960)
• Big Sur (1960)
• Satori in Paris (Satori à Paris) (1965)
• Les Anges Vagabonds
• Vanity of Duluoz (Vanité de Duluoz) 1968

Il a parfaitement restitué sa quête de la vérité entre christianisme et bouddhisme. Sa recherche de la vérité pour l'aider à vivre s'est traduit par toutes ces formes que sont l'écriture, la poésie, la peinture, le passage par les différentes drogues, la méditation face à la nature...

En 2001 la rédaction du American Modern Library inclut "On the Road" ("Sur la route") dans sa liste des 100 meilleurs romans du XXe siècle en langue anglaise.

En mai 2005, le journal français LIBÉRATION révèle qu'une première pièce, inédite, de Jack Kerouac va être publiée, trente-six ans après la mort de son auteur, selon son agent Sterling Lord. Le texte se nomme comme le mouvement dont il a été le plus fameux représentant, "Beat Generation". Ecrit à l'automne 1957, la même année que le mythique "Sur la route", il a refait surface dans un entrepôt du New Jersey il y a six mois. Déjeunant l'avec l'agent de Kerouac, le rédacteur en chef de Best Life Magazine lui a demandé s'il n'avait pas un inédit dans les tiroirs. Si justement... "Beat Generation".
Les fans de Kerouac pourront donc se jeter sur le Best Life Magazine de juillet pour lire le début. L'histoire raconte une journée dans la vie de Jack Duluoz, alcoolique et toxicomane, alter ego littéraire de l'auteur, qui tape le carton avec des personnages inspirés d'Allen Ginsberg, Neal Cassady et d'autres membres de la Beat generation. Le texte intégral doit sortir chez l'éditeur Thunders Mouth Press en octobre 2005.

Pourquoi l'unique pièce de Jack Kerouac s'est-elle terrée pendant si longtemps? Le manuscrit avait été envoyé à plusieurs metteurs en scène, sans succès. L'écrivain a même tenté de convaincre Marlon Brando, qui ne répondit pas à ses sollicitations. Kerouac laissa tomber pour de bon le théâtre.

Citations

Citations en Français

- "Je crois au Ciel, aux Anges, je fuis tout marxisme et conneries associées comme la psychanalyse, une ramification du premier." Dans Lettre à Allen Ginsbergf, le 8 janvier 1958.

- Kerouac, un écrivain français ? S'étant désolidarisé du mouvement beat, il se définissait comme "un artiste, un conteur, un écrivain dans la grande tradition française, et non le porte-parole d'un million de voyous".

- "On ne peut rien exprimer de très clair en anglais"
Jack Kerouac

- "Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller".
Sur la route

- "Les enfants s'aiment comme des amants, nous ignorons leurs petits drames dans le courant de notre vie d'adulte".
Maggie Cassidy

- " Triste compréhension, voilà ce que signifie compassion".
Les anges de la désolation

Citations en anglais

"On The Road" (passage taken from the book)

"... one night we suddenly went mad together again; we went to see Slim Gaillard in a little Frisco nightclub. Slim Gaillard is a tall, thin Negro with big sad eyes who's always saying 'Right-orooni' and 'How 'bout a little bourbon-arooni.' In Frisco great eager crowds of young semi-intellectuals sat at his feet and listened to him on the piano, guitar and bongo drums. When he gets warmed up he takes off his undershirt and really goes. He does and says anything that comes into his head. He'll sing 'Cement Mixer, Put-ti Put-ti' and suddenly slow down the beat and brood over his bongos with fingertips barely tapping the skin as everybody leans forward breathlessly to hear; you think he'll do this for a minute or so, but he goes right on, for as long as an hour, making an imperceptible little noise with the tips of his fingernails, smaller and smaller all the time till you can't hear it any more and sounds of traffic come in the open door. Then he slowly gets up and takes the mike and says, very slowly, 'Great-orooni ... fine-ovauti ... hello-orooni ... bourbon-orooni ... all-orooni ... how are the boys in the front row making out with their girls-orooni ... orooni ... vauti ... oroonirooni ..." He keeps this up for fifteen minutes, his voice getting softer and softer till you can't hear. His great sad eyes scan the audience.

Dean stands in the back, saying, 'God! Yes!' -- and clasping his hands in prayer and sweating. 'Sal, Slim knows time, he knows time.' Slim sits down at the piano and hits two notes, two C's, then two more, then one, then two, and suddenly the big burly bass-player wakes up from a reverie and realizes Slim is playing 'C-Jam Blues' and he slugs in his big forefinger on the string and the big booming beat begins and everybody starts rocking and Slim looks just as sad as ever, and they blow jazz for half an hour, and then Slim goes mad and grabs the bongos and plays tremendous rapid Cubana beats and yells crazy things in Spanish, in Arabic, in Peruvian dialect, in Egyptian, in every language he knows, and he knows innumerable languages. Finally the set is over; each set takes two hours. Slim Gaillard goes and stands against a post, looking sadly over everybody's head as people come to talk to him. A bourbon is slipped into his hand. 'Bourbon-orooni -- thank-you-ovauti ...' Nobody knows where Slim Gaillard is. Dean once had a dream that he was having a baby and his belly was all bloated up blue as he lay on the grass of a California hospital. Under a tree, with a group of colored men, sat Slim Gaillard. Dean turned despairing eyes of a mother to him. Slim said, 'There you go-orooni.' Now Dean approached him, he approached his God; he thought Slim was God; he shuffled and bowed in front of him and asked him to join us. 'Right-orooni,' says Slim; he'll join anybody but won't guarantee to be there with you in spirit. Dean got a table, bought drinks, and sat stiffly in front of Slim. Slim dreamed over his head. Every time Slim said, 'Orooni,' Dean said 'Yes!' I sat there with these two madmen. Nothing happened. To Slim Gaillard the whole world was just one big orooni."

"On the Road" (other passage taken from the book)

"Great Chicago glowed red before our eyes. We were suddenly on Madison Street among hordes of hobos, some of them sprawled out on the street with their feet on the curb, hundreds of others milling in the doorways of saloons and alleys. "Wup! wup! look sharp for old Dean Moriarty there, he may be in Chicago by accident this year." We let out the hobos on this street and proceeded to downtown Chicago. Screeching trolleys, newsboys, gals cutting by, the smell of fried food and beer in the air, neons winking--"We're in the big town, Sal! Whooee!" First thing to do was park the Cadillac in a good dark spot and wash up and dress for the night. Across the street from the YMCA we found a redbrick alley between buildings, where we stashed the Cadillac with her snout pointed to the street and ready to go, then followed the college boys up to the Y, where they got a room and allowed us to use their facilities for an hour. Dean and I shaved and showered, I dropped my wallet in the hall, Dean found it and was about to sneak it in his shirt when he realized it was ours and was right disappointed. Then we said good-by to those boys, who were glad they'd made it in one piece, and took off to eat in a cafeteria. Old brown Chicago with the strange semi-Eastern, semi-Western types going to work and spitting. Dean stood in the cafeteria rubbing his belly and taking it all in. He wanted to talk to a strange middle-aged colored woman who had come into the cafeteria with a story about how she had no money but she had buns with her and would they give her butter. She came in flapping her hips, was turned down, and went out flipping her butt. "Whoo!" said Dean. "Let's follow her down the street, let's take her to the ole Cadillac in the alley. We'll have a ball." But we forgot that and headed straight for North Clark Street, after a spin in the Loop, to see the hootchy-kootchy joints and hear the bop. And what a night it was. "Oh, man," said Dean to me as we stood in front of a bar, "dig the street of life, the Chinamen that cut by in Chicago. What a weird town--wow, and that woman in that window up there, just looking down with her big breasts hanging from her nightgown, big wide eyes. Whee. Sal, we gotta go and never stop going till we get there."

"Where we going, man?"

"I don't know but we gotta go." Then here came a gang of young bop musicians carrying their instruments out of cars. They piled right into a saloon and we followed them. They set themselves up and started blowin There we were! The leader was a slender, drooping, curly-haired, pursy-mouthed tenorman, thin of shoulder, draped loose in a sports shirt, cool in the warm night, self-indulgence written in his eyes, who picked up his horn and frowned in it and blew cool and complex and was dainty stamping his foot to catch ideas, and ducked to miss others--and said, "Blow," very quietly when the other boys took solos. Then there was Prez, a husky, handsome blond like a freckled boxer, meticulously wrapped inside his sharkskin plaid suit with the long drape and the collar falling back and the tie undone for exact sharpness and casualness, sweating and hitching up his horn and writhing into it, and a tone just like Lester Young himself. "You see, man, Prez has the technical anxieties of a money-making musician, he's the only one who's well dressed, see him grow worried when he blows a clinker, but the leader, that cool cat, tells him not to worry and just blow and blow--the mere sound and serious exuberance of the music is all he cares about. He's an artist. He's teaching young Prez the boxer. Now the others dig!!" The third sax was an alto, eighteen-year-old cool, contemplative young Charlie-Parker-type Negro from high school, with a broadgash mouth, taller than the rest, grave. He raised his horn and blew into it quietly and thoughtfully and elicited birdlike phrases and architectural Miles Davis logics. These were the children of the great bop innovators.

Once there was Louis Armstrong blowing his beautiful top in the muds of New Orleans; before him the mad musicians who had paraded on official days and broke up their Sousa marches into ragtime. Then there was swing, and Roy Eldridge, vigorous and virile, blasting the horn for everything it had in waves of power and logic and subtlety--leaning to it with glittering eyes and a lovely smile and sending it out broadcast to rock the jazz world. Then had come Charlie Parker, a kid in his mother's woodshed in Kansas City, blowing his taped-up alto among the logs, practicing on rainy days, coming out to watch the old swinging Basie and Benny Moten band that had Hot Lips Page and the rest--Charlie Parker leaving home and coming to Harlem, and meeting mad Thelonius Monk and madder Gillespie--Charlie Parker in his early days when he was flipped and walked around in a circle while playing. Somewhat younger than Lester Young, also from KC, that gloomy, saintly goof in whom the history of jazz was wrapped; for when he held his horn high and horizontal from his mouth he blew the greatest; and as his hair grew longer and he got lazier and stretched-out, his horn came down halfway; till it finally fell all the way and today as he wears his thick-soled shoes so that he can't feel the sidewalks of life his horn is held weakly against his chest, and he blows cool and easy getout phrases. Here were the children of the American bop night.

Stranger flowers yet--for as the Negro alto mused over everyone's head with dignity, the young, tall, slender, blond kid from Curtis Street, Denver, jeans and studded belt, sucked on his mouthpiece while waiting for the others to finish; and when they did he started, and you had to look around to see where the solo was coming from, for it came from angelical smiling lips upon the mouthpiece and it was a soft, sweet, fairy-tale solo on an alto. Lonely as America, a throatpierced sound in the night."

Eponymes

- Kerouac a habité 29 Russell Street à San Francisco au début des années 1950 ( mais il n'y a aucune plaque commémorative)

JK Street
Une rue porte son nom à San Francisco en Californie.

- Kerouac memorial. Kerouac Park dowtown Lowell

- Une stèle à la mémoire de Jack Kerouac a été érigée en 2000 à Kervoac, commune de Lanmeur (Finistère), d'où est originaire la famille de l'écrivain

Sources

- Seguin rencontre Kerouac : Archives télé de Radio-Canada

- Comme une lumière vide par Yves Ughes

- Le guide des lectures : Jack Kerouac

- Jack Kerouac ou l'Amérique à échelle humaine

- Les Vies Parallèles de Jack Kerouac, de Barry Gifford et Lawrence Lee, Éditions Rivages.

- L'Ange déchu, une vie de Jack Kerouac, de Steve Turner, Éditions Mille et une Nuits.

- Memory Babe, de Gérald Nicosia, éditions Verticales.

- Kerouac : le bout de la quête (généalogie de Jack Kerouac) Mars 2009

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