…les intimes racines ancestrales…
L'histoire de la famille de Vogüé est intimmement liée à celle du Vivarais et de l'Ardèche. Les premières traces de la famille datent du XIème, avec des écrits mentionnant en 1084 une donation à un monastère effectuée par Bertrand de Vogorium et sa femme Bermonde.
Mais il faut attendre le XIII ème siècle (1206), pour pouvoir commencer à dérouler sans interruption jusqu'à aujourd'hui l'écheveau familial.
La famille de Vogüé tire son nom d'une localité située sur le cours de l'Ardèche, à quelque distance au sud d'Aubenas. Dès avant la Révolution et à la suite d'alliances matrimoniales, la branche aînée des Vogüé avait quitté le Vivarais pour s'établir en Bourgogne, en Berry et dans le Nivernais.
Les Vogüé (dont étaient issus les comtes d'Aubenas) et la branche Soubise des Rohan furent associés étroitement à l'histoire du Vivarais du XVI-XVII eme siècle (cf. révolte de Rohan dans les Cévennes en 1629) au XIX eme siècle (où les Vogüé continuent de posséder des terres et des activités industrielles sur la majeure partie du Vivarais).
Le 20 juillet 1670, lors de la révolte de Roure on voit George de Vogüé qui occupait d'importantes fonctions officielles : bailli du Vivarais, du Viennois , du Valentinois, homme de crédit et d' autorité… Pris au dépourvu, ému, embarrassé, George ne put se soustraire à cet honneur inattendu et compromettant.... Il proposa de faire une démarche pacifique auprès de son beau-frère le comte du Roure qui était au Bourg St Andeol à la tête des troupes royales. Après l'échec de sa démarche, George de Voguë reprit pacifiquement l'administration de son domaine.
Charles François Elzéar de Vogüé né le 14 juillet 1713, seigneur de Vogüé et Aubenas de 1739 à 1782, membre des Etats du Vivarais et de Languedoc, à titre de baron de Montlor, de Vogüé et d'Aubenas; il présida le 4 avril 1737, comme subrogé de son père, le dernière session des Etats du Vivarais tenue dans la salle des Etats du château de Vogüé; il est décédé en 1782. (Il est représenté sur une toile d'Armand Fayein, conservée au château d'Aubenas.)
Melchior-Cerice-François de Vogüé (1er décembre 1732 - décédé le 16 décembre 1812), , lieutenant général des armées du roi et député du Vivarais aux Etats généraux, émigra sous la Révolution, servit dans l'armée des Princes, rentra en France sous le Consulat et mourut sous l'Empire en 1812.
Marié à Louise Catherine Bouhier de Versalieux +1783 , dont
Son fils Charles Elzéar (né le 14 juillet 1781, mort le 8 octobre 1807) épousa le 24 mai 1802 Zéphirine de Damas d'Antigny, dans l'ascendance de laquelle entraient les Andrault de Langeron et les Bouhier. Ils eurent deux fils, Léonce, marquis de Vogüé, né en 1805, et Charles, né en 1808 postérieurement à la mort de son père. Leur tutelle fut confiée à leur mère, qui épousa en secondes noces César Laurent de Chastellux.
Léonce Melchior, marquis de Vogüé
(né le 4 mai 1805 à Paris - décédé le 25 juin 1877), Un homme de terrain
Fils aîné de Charles Elzéar, marié à Henriette de Machault d'Arnouville, entra dans la carrière militaire, participa à la campagne de Catalogne de 1823 et à l'expédition d'Alger de 1830. Il quitta le service la même année, par fidélité aux Bourbons. Entré en politique en 1836, Léonce de Vogüé fut conseiller général du Cher en 1839, échoua à la députation dans l'arrondissement de Sancerre en 1842, accueillit favorablement la République de 1848 et siégea à l'Assemblée constituante comme représentant du Cher. Réélu à l'Assemblée législative en mars 1850, il s'opposa au coup d'Etat du 2 Décembre. Membre de la Société d'agriculture du Cher et de la Société centrale d'agriculture, fondateur de la Société des agriculteurs de France, il travailla à promouvoir le progrès technique et les améliorations sociales. Reçoit en héritage de grands domaines fonciers. En 1846, il fait construire une usine moderne fonctionnant au coke à Mazières (Bourges) près du canal de Berry. L'usine emploie rapidement plusieurs centaines d'ouvriers et fabrique surtout du matériel ferroviaire. Après avoir racheter la fonderie de Rosières (Lunery) au marquis de Boissy, il la vend à son tour en 1869 à un autre entrepreneur Jules Roussel. Président de la Société d'Agriculture du Cher, le marquis légitimiste L.M. de Vogüé fut aussi maire de Lunery, conseiller général et député du Cher.
Son fils aîné, Charles-Jean-Melchior de Vogüé
est né à Paris le 18 octobre 1829. L'archéologue.
Après avoir préparé l'école de Saint-Cyr et l'Ecole Polytechnique, Charles-Jean-Melchior de Vogüé s'engage dans une carrière d'archéologue et d'historien. Il fut pendant trente ans représentant du canton de Léré au conseil général du Cher. Remarqué par Alexis de Tocqueville, alors ministre des Affaires étrangères, le jeune comte de Vogüé fut attaché en 1849 à l'ambassade de France à Saint-Pétersbourg, fonction à laquelle il renonça en 1852. Passionné d'archéologie, il explora la Syrie et la Palestine en 1853-1854 et il ramena de ses voyages des matériaux pour ses ouvrages. Il entra à l'Académie des inscriptions et belles-lettres comme membre libre en 1868 et participa à plusieurs périodiques savants : Revue archéologique, Revue numismatique, Journal asiatique, Bulletin des Antiquaires. En 1871, Thiers le nomma ambassadeur de France à Constantinople, poste qu'il quitta en 1875 pour occuper celui de Vienne jusqu'en 1879. Homme de foi et catholique militant, Melchior de Vogüé prit une part décisive au développement d'institutions oeuvrant dans ce domaine : Office central des œuvres charitables, Œuvre de la propagation de la foi, Œuvre des écoles d'Orient, Société de secours aux blessés militaires. Membre fondateur de cette dernière société, il en assura le fonctionnement dans le centre de la France durant la guerre de 1870 et il la présida à partir de 1904. Sous son impulsion se regroupèrent les trois sociétés qui formèrent la Croix-Rouge française. Élu à l'Académie Française le 30 mai 1901, Charles-Jean-Melchior de Vogüé a laissé "Une famille vivaroise : Histoires d'autrefois racontées à mes enfants" en 2 vol. Il est décédé le 10 novembre 1916.
Eugne-Melchior, vicomte deVogüé (1848-1910) L'écrivain.
Né à Nice, le 24 fvrier 1848. Il était de la branche des Vogüé de Gourdan, près d'Annonay, alliès aux Du Peloux.
Diplomate, il a collaboré à la Revue des Deux Mondes et publié : Syrie, Palestine, Mont Athos, le Roman russe, les Portraits du siècle. Élu À l'Acadmie Française le 22 novembre 1888 en remplacement de Désiré Nisard, il aété reçu par Edmond Rousse le 6 juin 1889. Il a reçu Gabriel Hanotaux et Paul Bourget.
Il est mort à Paris le 24 mars 1910.
Comte Robert-Jean de Vogüé
(1896-1976) Né en 1896 dans l'une des plus vieilles familles de l'aristocratie française implantée en Ardèche, Robert-Jean de VOGUE réalise des études scientifiques et s'oriente vers une carrière militaire. Homme d'action, il est engagé volontaire à 20 ans et sera libéré avec la Croix de guerre 1914-18 avant de poursuivre sa carrière dans l'artillerie. Il quitte ensuite l'armée pour consacrer son dynamisme au développement de la Maison Moët et Chandon dont il est sollicité en 1930 par ses beaux-frères d'Eudeville de reprendre la direction. Il développe une promotion commerciale exceptionnelle et crée en 1936 la cuvée Dom Pérignon dont la célébrité mondiale reste sans égal. Soucieux d'un partage équilibré des efforts et des résultats entre l'ensemble des acteurs de la profession, il institutionnalise les relations contractuelles avec les Vignerons qui vendent leurs raisins aux Maisons de Champagne. Il obtient la création du CIVC en 1941 sur des bases qui perdurent encore de nos jours.
Innovateur du dialogue social au sein de son entreprise et dans la profession du Champagne, Robert-Jean de VOGUE convient avec les représentants des salariés (dès 1930) d'un "contrat collectif", précurseur de ce qui deviendra ultérieurement une convention collective de branche, socle du statut social des salariés en France.
Son rôle leader sera interrompu en 1943 par son arrestation par la Gestapo et sa déportation aux travaux forcés en forteresse en dépit du courageux soutien des salariés des Maisons. Libéré en 1945 par les Britanniques, il reprend la présidence de Moët et Chandon dont il assure une habile diversification par l'achat des parfums Dior et des implantations aux Etats-Unis (Napa - Californie) et en Argentine.
Robert-Jean de VOGUE reste dans l'esprit de tous les Vignerons, des Maisons de Champagne et de leurs salariés un de leurs leaders historiques majeurs. Il a prouvé que toute réussite suppose la concertation de tous les acteurs permettant d'obtenir un consensus pour conjuguer leurs efforts vers un objectif commun. C'est sur cet exemple que la Champagne moderne s'évertue de prolonger son œuvre.
Comte Alain de VOGÜÉ 
Président du Syndicat de Grandes Marques de 1975 à 1986
Président de l'AVC de 1962 à 1990
Après des études supérieures littéraires et juridiques à Paris, puis en Angleterre, Alain de Vogüé rejoint la société familiale Veuve Clicquot Ponsardin en 1952, dont il deviendra Secrétaire Général (1958), Directeur Général puis Président (1973). Il initie un contrat d'intéressement de son personnel salarié et développe largement sa Maison tout en participant activement à l'interprofession champenoise où il préside la Commission d'information puis la Commission technique du CIVC de 1962 à 1986. Parallèlement, il est appelé à la Présidence de l'Association viticole champenoise de 1962 jusqu'en 1986.
En 1982, il est élu au Conseil de l'Association des Fournisseurs de la Cour d'Angleterre, dont Veuve Clicquot Ponsardin détient le brevet. Il est le premier étranger à présider cette institution britannique en 1985. Il devient Président du Syndicat de Grandes Marques de Champagne à cette date, et assumera cette responsabilité jusqu'en 1986.
Comte Bertrand de VOGÜÉ (1901-1987)
Président du Syndicat de Grandes Marques de 1956 à 1967 En 1926, Bertrand de VOGÜÉ rejoint la Maison Veuve Clicquot présidée par son beau-père Bertrand de MUN. Il met également son énergie et ses compétences au service de ses concitoyens rémois qui l'élirent adjoint au Maire de 1936 à 1944.
En juillet 1938, Bertrand de VOGÜÉ préside le Comité organisateur des festivités offertes à plus de 6 000 personnalités venues inaugurer la restauration de la Cathédrale de Reims sévèrement endommagée en 1914-18. Il sut rendre hommage aux généreux mécènes et, en particulier, à la Fondation Rockefeller.
Durant la seconde guerre mondiale, Bertrand de VOGÜÉ sera arrêté et déporté en Allemagne avec certains de ses collègues chefs de Maison de Champagne accusés de résistance aux nazis.
A la libération, il reprend ses activités professionnelles (au sein du Syndicat de Grandes Marques de Champagne et de la Fédération des Exportateurs) et interprofessionnelles au sein de l'AVC et du CIVC. Pour favoriser la reconstruction de logements, il participe à la fondation du Coplorr en 1948 et anime le Comité d'Aménagement de Reims et de sa Région. Toutes ces activités justifieront sa nomination au grade de Chevalier de la Légion d'honneur.
Source
- Etat des fonds d'historiens et d'érudits conservés à la section des Archives Privées.
- Vivarais Ardèche Edition Bonneton 1991