Le Nouveau Monde : les grands personnages

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Jean-Louis Lebris de Kerouac alias Jack Kerouac

1922-1969

Ecrivain américain - "a shy rebel"

Il choisit de voyager à travers les Etats-Unis et le Mexique et d'en écrire le récit dans la nouvelle mythique "On the Road". L'incompris Jack Kerouac s'intéressa aux exclus du rêve américain et devint le chef de file du mouvement littéraire la "Beat Generation"

Jack Kerouac fait partie de ces écrivains sur lesquels tout a été dit. L'impact de Kerouac sur des milliers de personnes est immense. De nombreuses biographies et thèses se sont alimentées de son nom et de son œuvre. Il faisait partie de ceux que la presse dénomma la "Beat generation". Qui était ce personnage mythique?

Jean-Louis Lebris de Kerouac

"Canuck" ou "Coon-ass"

Jack Kerouac, baptisé à l'Eglise catholique Jean-Louis Lebris de Kerouac, est né le 12 mars 1922 au 9 Rupine Road à Lowell, petite ville industrielle et centre de tissage dans le Massachusetts. Sa famille canadienne-française est doublement émigrée : de Bretagne vers le Québec, puis à la fin du XIXe siècle, du Canada vers les Etats-Unis. Il est aussi appelé Ti Jean et plus tard surnommé Jack, il est le plus jeune des trois enfants de Leo-Alcide Kirouack (1889-1946), imprimeur puis linotypiste à New Haven et plus tard à Brooklyn et de Gabrielle-Ange Lévesque (1895-1972), femme au foyer et mère protectrice, appelée aussi "Memère" par Jack. Son frère aîné Francis-Gérard est né en 1916, sa sœur Caroline est née en 1918.

Léo-Alcide Kirouack, qui plus tard changea son nom en Kéroack, était né en 1889 à Saint Hubert (Québec) en terre canadienne, alors que Gabrielle-Ange Lévesque, par une tournure du destin, était également née au Canada, précisément à Saint Pacôme, alors que sa mère voyageait au Québec pendant les vacances de Noël. Elle était venue de Nashua, New Hampshire, chez les parents de son mari et dut prolonger son séjour jusqu'en février 1893. Elle a alors donné naissance aux filles jumelles, dont l'une est devenue la mère de Jack, elle est cousine issue de germains du Premier ministre québécois de 1976 à 1985, René Lévesque. C'est Jean-Baptiste le grand-père de Jack Kerouac et son épouse qui émigrèrent du Québec vers les États-Unis.

Sa langue maternelle est le français, ou plutôt le joual (dialecte québéquois de la région de Montréal) que l'on parle à la maison; dans la rue, on se fait appeler "canuck" (Français originaire du Canada) ou "coon-ass" (cul de raton laveur), manière peu flatteuse de qualifier les "nègres blancs de l'Amérique", venus du Québec travailler dans les filatures. Il n'apprendra l'anglais qu'à l'âge de six ans.

"J'ai jamais eu une langue à moi-même. Le français patois jusqu'à six ans, et après ça l'anglais des gars du coin. Et après ça, les grosses formes, les grands expressions de poète, philosophe, prophète. Avec toute ça aujourd'hui j'toute mélangé dans ma gum [tête] [...] Je suis Canadien Français, mis au monde à New England. Quand j'fâché j'sacre souvent en français. Quand j'rêve j'rêve souvent en français. Quand je braille j'braille toujours en français."

A l'âge de quatre ans il a le cœur brisé par la mort de son frère Gérard, le 26 juillet 1926, âgé de neuf ans, des suites d'un rhumatisme articulaire, ce qui, plus tard, le conduira à écrire "Visions de Gérard". À neuf ans, Jack Kerouac entre à l'école publique anglophone Barlett. Il passe sa jeunesse entre ses études, sa mère "Mémère" dont il est très proche, les activités sportives et ses nombreux amis. L'enfant a beaucoup de mal à communiquer en anglais et il ne devient bilingue qu'à l'âge de quinze ans.

La lecture de Jack London lui révèle un monde fascinant fait de voyages et d'aventures. C'est dès le plus jeune âge, dix ans environ, qu'il commence à se découvrir une passion pour l'écriture, qu'il manifeste en écrivant de longues lettres à ses proches ou des nouvelles en se basant sur un show de la radio nommé "The Shadow".

Jack fit ses études primaires et secondaires à Lowell.

Le catholicisme fervent dans lequel Jack grandit tranche évidemment avec le protestantisme majoritaire aux États-Unis. Mais ce sont pourtant ses racines "canuck" et sa francophonie qui sont à l'origine d'un perpétuel sentiment d'exclusion. C'est ce sentiment d'être étranger et différent qui est sans doute à la base de son rapprochement des exclus de l'Amérique, auxquels il s'identifie.

Rencontres et choix de vie

Kerouac sportifLa famille Kerouac connaît des difficultés financières. L'aptitude et les performances sportives de Jack lui valent, en 1939, d'obtenir une bourse d'étude, ce qui va lui permettre de venir en aide à sa famille en participant au championnat de football américain avec l'équipe de l'Université Columbia où il a choisi de se rendre. A la vérité, Kerouac considérait la littérature à l'égal du sport et de la musique, ses deux autres passions.

En 1939, il suit un cours préparatoire au collège Horace Mann de New-York et se diriger par la suite à l'Université Columbia de New York où il passa l'année scolaire 1940-1941.

De l'influence de la musique

Il habite Broadway, dans un univers incomparable à celui de Lowell. Etudiant de bon niveau à l'Université Columbia de New-York, ses amis lui font découvrir le jazz, qui est pour lui une révélation. Il fréquente les caves où se produisent Charlie Parker, Dizzy Gillepsie, Count Basie et Billie Holiday ou Thelonious Monk. Il crée une rubrique musicale dans le journal de son collège.

Le jazz devient pour lui une religion. Il est le premier à entrevoir comment le jazz peut influer sur la vie, être le moteur d'une écriture.

En outre Kerouac a fait de nombreux enregistrements de ses textes, avec ou sans accompagnement musical. Un album de "Poetry for the Beat Generation", produit par Bob Thiele, fut enregistré. C'est dan ce disque que l'on trouve sous le titre Charlie Parker des chorus de Mexico City Blues.

On connaît un morceau enregistré aux alentours de 1950, avec des musiciens inconnus, où il chante vraiment : "Ain't we got fun". Il ne renouvellera pas l'expérience.

Mais ce qu'aimait Jack c'était improviser le blues avec les musiciens alcooliques de la rue, dans la grande tradition des bluesmen. On pouvait le voir tituber sur Bovery à New York ou sur la Troisième Rue à San Francisco et l'entendre chanter :

I'm standing in the doorway
Got no place to go
Standing in the doorway
Got no place to go
Jack Kerouac gave me fifty cents
And I'll go out and blow.

Attiré par les bas-fonds de la ville, c'est ainsi qu'il fume sa première cigarette de marijuana.

Il obtient son diplôme en 1940 et revient quelques temps dans sa ville natale. Puis vinrent les problèmes, la même année, Jack Kerouac se fracture un tibia, se dispute avec son entraîneur, et en termine avec sa carrière sportive. Il profite de sa convalescence pour lire les nouvelles de Thomas Wolfe et sa vision d'une Amérique mythique qu'il découvre. Il projète alors de s'évader et de voyager. Il écrit et rêve de héros vagabonds en marge de la société; c'est vers l'âge de 18 ans que se mettent en place les anges et les démons de toute la vie de Kerouac.

C'est à l'automne de 1941, à l'aube de sa deuxième année à Columbia, qu'il abandonnera ses études universitaires. À ce moment commencera sa vie d'écrivain. En errant sur les routes d'Amérique, il deviendra l'un des grands auteurs de sa génération.

De l'influence des "amitiés"

Par l'entremise d'Edie Parker, sa future femme, Kerouac fait la connaissance de Lucien Carr, qui le fascine. Celui-ci lui présente Allen Ginsberg, autre figure emblématique. Kerouac a avec ce dernier une relation ambigüe, tour à tour amants puis amis, de manière irrégulière. Il rencontre aussi un autre écrivain, William Burroughs, qui est à New York pour suivre un traitement psychanalytique après avoir quitté la Vienne nazie. La bande fréquente ainsi un appartement de la 11e rue, dans Greenwich Village, où se mêlent drogue, sexe, alcool et littérature. Le trio des écrivains "beat" naît en ces années de guerre. Jack a déjà écrit un premier roman "La mer est mon frère" et commencé l'écriture de "Avant la route."

En 1946, Jack fait la rencontre de l'énergique Neal Cassidy, son mauvais génie si l'on peut dire. Cassidy, instable, toujours en mouvement, exerce une influence profonde sur Jack qui ne cesse pas d'admirer Neal. Ce dernier donne à Jack le coup de pouce nécessaire pour lui faire quitter sa machine à écrire, dire au revoir à sa mère et partir sur la route. Cassady devint très proche de Kerouac et fut immortalisé dans le roman Sur la route sous les traits du personnage Dean Moriarty, un voyou antisocial sans le sou, avide de vie et d'expériences.

À cause de son style de vie, on a considéré Jack comme l'ancêtre éloigné du mouvement hippie.

Les petis boulots

En septembre 1941, il quitte le foot-ball et l'Université et pendant sept ans, sans argent, il a recours aux métiers les plus divers pour réaliser son projet.

Il travaille comme pigiste au journal local de Lowell, à la rubrique des sports.

Il passa quelques mois à travailler dans une station de pompage de gaz à Hartford, Connecticut, puisdans une équipe de construction de bâtiments du Pentagone à Arlington, en Virginie.

Ses envies grandissantes de voyage le conduisent en mer. En 1942, Il est embauché sur un navire de marine marchande comme plongeur sur le S.S. Dorchester, qui doit convoyer une cargaison de dynamite et de matériel de terrassement à destination de Mourmansk en Mer Blanche soviétique. La mission est risquée car l'Atlantique Nord est sillonné par les U-boats allemands. De retour à New-York, il repart sur un navire transportant une cargaison de bombes destinée à l'Angleterre.

Le 15 juillet 1942, Kerouac écrit une lettre à Norma Blickfelt, dans laquelle il explique :

"Quel étrange appel j’entends en provenance de la mer ! Peut-être mes ancêtres, des pêcheurs bretons, s’agitent-ils dans mon sang. Peut-être suis-je fatigué d’une vie ennuyeuse et banale. Peut-être suis-je fou... mais je dois partir. Je n’ai pas besoin de te dire à quel point je suis impatient d’être parti, mais sans doute voudrais-tu savoir pourquoi je choisis de faire ça".

En février 1943, il tente une expérience militaire, il décide de s'enrôler dans la Navy pour se battre pour son pays dans la Seconde Guerre mondiale. Il s'est enrôlé dans le Corps des Marines, mais il est libéré après seulement six mois de service pour raison médicale, il est décrit comme ayant de "de fortes tendances schizoïdes" et il n'aurait pas supporté la discipline militaire.

Au printemps 1943, il s'engage de nouveau dans la marine marchande pour des missions périlleuses, sur le SS George Weems, qui relie Boston à Liverpool.

Entre ses voyages, il est à New York avec ses amis de Columbia, mais il loge également souvent dans l'appartement de sa mère.

"The Town and the city"

Jack KerouacEn 1946, son père, Léo-Alcide, meurt d'un cancer du pancréas et lui demande de veiller sur sa mère. Kerouac continue de se nourrir de tonnes de livres. Ses écrits deviennent davantage autobiographiques, travaillant frénétiquement au manuscrit de "Sur la route". Il écrit en effet beaucoup durant cette période. Cette « écriture introspective l'amène à s'interroger sur les fondements de son mal de vivre » et Kerouac se rend compte qu'il a « un désir subconscient d'échouer, une sorte de vœu de mort ». Ses allers et venues au domicile de sa mère Gabrielle s'amplifient. À chaque contrariété, Kerouac consulte sa mère, ce qui a pu contribuer à l'empêcher de vivre avec une femme.

Kerouac fait un séjour à l'hôpital, pour une thrombophlébite, en partie à cause de la vie dissolue qu'il mène alors (alcool, marijuana, amphétamines). Ces malheurs le poussent encore plus à penser qu'il est "foutu"( "beat" en anglais).

Voyage en 1947

En juillet 1947, il décide de partir avec son copain Neal Cassidy, un maniaque de la vitesse et des automobiles, qu'il a connu en 1946, parcourir les routes des Etats-Unis pour mener une vie de vagabond, dans laquelle il trouvera l'inspiration pour ses futurs romans. Il compte se déplacer en auto-stop. Il marche plusieurs kilomètres puis se perd à la limite de l'État de New York et subit une pluie violente qui l'oblige à rebrousser chemin. Cet épisode forme le début de son roman "Sur la route". Il rentre chez sa mère qui lui donne de l'argent pour repartir, cette fois-ci par autobus jusqu'à Chicago

Plus que les paysages grandioses ce sont les fermiers, les cow-boys, les chauffeurs routiers, les clochards ou les propriétaires de ranchs…qui attirent son attention. Ses expériences seront la matière de ses romans écrits à la machine, en prose spontanée comme la musique de jazz…. Au moment du départ il a changé de classe sociale et se rapproche de ceux qui l'inspirent, alors que culturellement il a inventé avec ses acolytes des modes de pensée et de vie nouveaux.

Dès lors, l'aventure commence réellement. il rallie Davenport dans l'Iowa, puis les rives du Mississippi, puis enfin Des Moines. Une des aventures préférée de Kerouac, dont l'épisode est rapporté dans "Sur la route", est celui mené sur la plate-forme d'un camion, au sein d'une communauté de trimardeurs.

Il retrouve Neal Cassady et Allen Ginsberg à Denver au Colorado puis il poursuit sa route pour San Francisco terme de son premier voyage, il y exerce provisoirement comme gardien de nuit dans un foyer militaire pour recalés de l'immigration. Il gagne Los Angeles et, dans le bus, tombe amoureux d'une Mexicaine, Béa Franco, avec qui il vit quelque temps. Puis, grâce à de l'argent envoyé par sa mère, il rallie Pittsburgh puis New York en autobus, à l'automne 1947 . Neal Cassid et Jack Kerouac, s'amusent à faire des allers-retours en voiture entre New York et la Virginie.

Entre ses voyages terrestres et maritimes, Kerouac fait escale à New York et revoit ses amis de Columbia. En 1948 il commence à écrire son premier roman "The Town and the City",

Voyage en 1949

Puis, en janvier 1949, ils vont en Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, pour rendre visite à William Burroughs.

Puis, avec la femme de Neal, ils poursuivent leur route vers la Californie, ponctuée d'escales chez des amis. Grâce à l'argent inespéré d'une pension du Département des Anciens Combattants (pour avoir servi durant la guerre sur les navires de ravitaillement des troupes en Europe), Kerouac retourne à New York. Il repart ensuite avec Neal, en Hudson, pour Plymouth, Denver puis Chicago. Lors d'un rapide retour à New York en 1950, il apprend avec plaisir que son premier ouvrage : The Town and the City (Avant la route), est publié et qui lui vaut une certaine reconnaissance en tant qu'écrivain.

Voyage en 1950, le Mexique

Fin 1950, il quitte de nouveau New York, pour le Mexique, avec Neal Cassady et Franck Jeffries. Ils y retrouvent William Burroughs qui a fui le Texas, pourchassé par la justice. Kerouac est devenu un véritable voyageur, "un clochard céleste".

Jack Kerouac
 

Le plus long voyage qu'effectuera jamais Jack en voiture est sans conteste celui qui le conduit au Mexique au cours de l'année 1950. Jack ne demande qu'à se mêler aux habitants, vivre à leur rythme: cela suscite un vif étonnement de la part de tous les Mexicains. Il voit dans leur misère ce qu'il y a de plus précieux dans l'esprit beat; pour lui, la société mexicaine est plus pure, plus lumineuse que la société américaine. Kerouac y méne une vie d'étude (archéologie, lecture, théâtre;…) il s'intègre en consommant en route, filles de joie et marijuana facile à se procurer. L'état d'esprit qui règne au Mexique de cette époque est proche de celui de la fin du XIX e siècle. Le premier long séjour de Kerouac dans ce pays s'achève par son retour en stop, de Mexico à New York.

 

Kerouac et ses amis
Cette photographie montre Kerouac avec David Amram, Allen Ginsberg et autres.

 

 

Il est dit que Kerouac se battait contre le conformisme et rejetait les standards de la fiction contemporaine. Le rebelle de 29 ans traduit là son anti-conformisme, son refus des normes du temps et l'amour de la vie libre et sans souci. Dans "The Town and the City", le père dit que les choses ont commencé à mal tourner ‘il y a 30 ans', c'est-à-dire au début du siècle. Il est évident que Jack partageait ce point de vue.

 

 

 

 

 

Kerouac et Cassady

Jack Kerouac (à droite) et Neal Cassady (à gauche), en 1952. La photo a été prise par Carolyn Cassady, l'épouse de Neal.
Rue des Archives/RDA

En 1955, il entreprend un deuxième voyage à Mexico. Il en revient épuisé physiquement par les drogues.

Retour au pays

Sans un sou en poche il sait qu'il peut compter sur sa mère chez laquelle il retourne régulièrement pour écrire et se sentir à l'abri. Puis entre 1952 et 1953 on le trouve chef de train pour la Southern Pacific Railroad. En 1955, ses amis Burroughs et Ginsberg parviennent à publier alors que sa carrière d'écrivain stagne et ne trouve pas d'éditeur.

Jack se mariera trois fois :

- La première fois, il épousera Frankie Edith (Edie) Parker qu'il quittera deux mois plus tard.

- La deuxième fois, en 1951, ce sera Joan Harverty. Ce mariage ne durera guère plus longtemps que le premier puisque six mois plus tard, ils se quitteront. Janet Michelle (Jan), sa fille, est issue de ce second mariage. Née le 16 février 1952, mais il ne la reconnaîtra jamais vraiment, elle suit les traces de son père et devient écrivaine. Elle publie deux volumes, Baby Driver en 1981 et Trainsongs en 1988. Elle décède en 1996 à l’âge de 44 ans alors qu’elle travaillait sur son troisième volume intitulé Parrot Fever. Elle n’a pu mener à terme la contestation du testament de son père qui a fait en sorte que la famille Sampas a hérité des biens de Jack.

- Son troisième mariage, en 1966, fut avec Stella Sampas, sœur d'un ami d’enfance tué en Europe au cours de la seconde guerre mondiale. L’œuvre littéraire de Jack est maintenant étudiée dans plusieurs collèges et universités à l’échelle planétaire. Il a marqué sa génération et figure aujourd'hui comme un des plus grands auteurs américains du XXe siècle. Il a de plus fait l'objet de plusieurs écrits tant en français qu'en anglais.

Fin 1955, Jack rencontre Gary Snyder, autre individu qu'il mettra en scène dans un de ses célèbres romans, "The Dharma Bums" (Les Clochards célestes) - il y est Japhy Ryder. Gary Snyder est bouddhiste, connaît le japonais et est tourné vers la nature et fascine Jack, par ce qu'il n'est pas lui-même. Snyder, passionné par la philosophie orientale l'initie sérieusement au bouddhisme. Les deux hommes décident de gravir ensemble le Matterhorn, montagne culminant à 4000m dans la Sierra Nevada. Jack parvient à se faire engager en juin 1956 comme surveillant des incendies dans le parc national des North Cascades de l'État de Washington. Là, il se retrouve coupé du monde en haut du Desolation Peak, ne voyant personne, ne parlant à personne. Jack en redescend soixante-trois jours plus tard au terme de la surveillance, plus que soulagé de quitter cet isolement volontaire. Il n'a pu que s'y observer lui-même, ce qu'il supporte très mal. Il racontera cette expérience dans "Lonesome Traveller" (Le Vagabond solitaire) publié en 1960.

"On the Road" (Sur la route)

Sur la route/ On The Road
Sur la Route / On The Road

Trois semaines de folie

"On the Road", l'œuvre phare de Kerouac, publiée en 1957, influence toute une génération de jeunes, précurseurs des hippies. Kerouac refuse cependant le mot «beatnik», qui selon lui, est péjoratif. Comme le déclare J. Kerouac son ouvrage fut écrit en moins de trois semaines et montrait un nouveau style. Cette nouvelle façon d'écrire, spontanée était inédite. Il possédait une étrange énergie qui dérangea les écrivains traditionnels et empêchait Kerouac d'être reconnu.

On the Road

" Du 2 avril au 22 avril 1951, j'ai écrit 125 000 mots d'un roman complet, une moyenne de 6 000 mots par jour, 12 000 le premier, 15 000 le dernier. J'ai raconté toute la route à présent. Je suis allé vite parce que la route va vite….écrit tout le truc sur un rouleau de papier de 36 mètres de long. Je l'ai passé dans la machine à écrire et en fait pas de paragraphes …Je l'ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route…"

L'auteur craignait de perdre le filon de sa pensée, si seulement il devait s'interrompre un seul instant. Il avait donc construit ce parchemin ingénieux, par collage successif de feuilles. Pendant 20 jours donc, "Kerouac ne va cesser de taper son roman, ne se nourrissant que de café et de soupe aux pois cassés. Il sue tellement qu'il change de tee-shirt des douzaines de fois…" . "Au bout du rouleau", Kerouac, Journal Libération, le 22 mai 2001, par Édouard Waintrop.

En fait, Kerouac a laissé se cultiver le mythe qu'il était un homme à la prose spontanée, mais ce n'est pas exact, sa dernière épouse et son beau-frère Sampas l'attestent. Ce tanuscrit a été dactylographié sur des feuilles de papier à calligraphie japonaise, collées bout à bout.

Les 7 années qui suivirent ne furent que des échecs successifs vis à vis des éditeurs.

En fait la composition de "Sur la route" a duré du 13 août 1948, date de la première mention du titre, à 1957. En août 1950, il écrit un premier manuscrit intitulé "Gone on the road". Les éditeurs lui conseillent de revoir son texte. Du 2 au 22 avril 1951, il rédige le fameux rouleau. En juillet 1953, Kerouac travaille à une nouvelle version, il change les noms des protagonistes (pour éviter les procès en difamation), dans une tentative désespérée de faire accepter son travail par un éditeur de ce texte très difficile à suivre, écrit de façon non conventionnelle. qui est refusée en novembre 1953 par les Editions Vikings. En 1955, Kerouac consent à opérer les changements. Le texte est accepté par l'éditeur en septembre 1956, il sera publié en septembre 1957. La première critique paraît dans le New York Times signé par Gilbert Millstein qui parle "d'œuvre d'art authentique et de roman majeur". D'autres se déchaînent jusqu'à Truman Capote qui écrit : "ce n'est aps de l'écriture, c'est de la dactylographie". Malgrè tout, le roman devient un succès mondial.

Kerouac, tapuscrit de On The Road
Sur ce tapuscrit en rouleau de 36 mètres, Kerouac tapa en 1951 l'édition originale de son mythique roman, "On The Road".

Le tapuscrit original commence simplement ainsi : "I first met Neal not long after my father died." ("J'ai rencontré Neal pas très longtemps après la mort de mon père.")

La première édition (remaniée) commençait par : "J'ai connu Dean peu de temps après qu'on ait rompu, ma femme et moi."

"On the Road" est le récit des errances de l'auteur (Jack Kerouac porte dans ce livre le pseudonyme de Sal Paradise). Voyageant en auto-stop à travers les Etats-Unis jusqu'au Mexique, avec son ami Dean Moriarty, (inspiré par Neal Cassady), logeant chez qui l'accepte, partageant histoires et expériences amoureuses, et alcool avec des amis de rencontre, Kerouac s'abandonne à la loi du hasard, à la recherche d'une fraternité réelle entre les gens. Le récit est le compte rendu de cette quête avec ses moments d'euphorie, mais aussi ses passages à vide, ses instants nuls, ses échecs. Kerouac rend parfaitement la nostalgie des grands espaces et le style de vie non matérialiste des protagonistes. Ce style qui fut adopté par de nombreux lecteurs et aida à propulser le statut de Kerouac à celui d'un mythe.

Lorsqu'en septembre 1957, "On the Road" trouva enfin un éditeur; du jour au lendemain, l'Amérique fut pleine de beatnicks, c'est-à-dire, dans l'image de la grande presse, d'adolescents crasseux déguisés en clochards, cheveux longs et nu-pieds, trouvant des extases mystiques au fond de piaules sordides.

La vie errante de Kerouac faite de parcours insensés dans tous les sens entre les Etats-Unis et le Mexique prend fin lorsque "On the Road" est publié en 1957 avec un immense succès et qu'il commence à devenir populaire. Il sombre alors dans l'alcoolisme, échouant dans sa quête de spiritualité bouddhique, brisant les liens avec plusieurs de ses amis Beat comme Allen Ginsberg et dans une moindre mesure William S. Burroughs. Il reproche à Ginsberg de trop rechercher l'attention du public et de trahir l'esprit Beat. Il est également irrité par le développement d'un bouddhisme de mode, dont il est en partie responsable.

Cette déchéance pendant laquelle il écrivit quand même de nombreux livres et articles, apparut dans des shows télévisés et enregistra même trois albums parlés, fut la conséquence de l'incompréhension des médias, l'absence de reconnaissance de son travail par les critiques et des différents échecs de ses mariages avec Edie Parker et Joan Haverty (la mère de sa fille Jan Kerouac ).

Notons que le succès de Kerouac coïncide avec les succès cinématographiques de Marlon Brando dans "The Wild One" (1953) et de James Dean et Nathalie Wood dans "Rebel Without a Cause" (1955).

On ne s'étonnera donc pas qu'au moment du 50e anniversaire de la publication du bréviaire "cool et rebel" qu'est devenu "On the Road", soit devenu en même temps une marchandise très rentable pour l'ensemble des secteurs de l'industrie des loisirs. L'édition en fac-similé du fameux rouleau-tapuscrit original sera exposé tout l'hiver à la Bibliothèque de New-York dans le cadre d'une manifestation "Beatific Soul : Jack Kerouac on the Road"; le lancement de l'adapatation cinématographique du roman après de nombreux revirements; de la nouvelle édition dans sa mouture originale de "On The Road" enfin disponible; sans parler des nombreux essais sur le père de la Beat Generation.

En 2007, ont été découverts plusieurs manuscrits originaux inédits de Kerouac, dont une ébauche de "On The Road", datée du 19 janvier 1951 (soit plusieurs mois avant la version en anglais), rédigée en français, sa langue maternelle — également utilisée pour deux de ses romans et quelques nouvelles également inédits.

Le Maroc puis la France

Au Maroc avec Burroughs

Début 1957 il se retrouve passager dans un tanker yougoslave en route pour le Maroc où il va revoir William S. Burroughs, exilé à Tanger, il réside à l'hôtel El Muniria. Jack ne passe que deux mois à Tanger. Pendant ces deux mois Kerouac aide Burroughs à mettre en ordre puis à dactylograhier des notes diverses amassées depuis ses années de déchéance toxicomane; de ce travail naîtra le "Festin nu", roman né des hallucinations de Burroughs.

Fin de vie

Si dès 1960, la qualité de ses écrits ne diminuent nullement  ("Big Sur", "Anges de la désolation", "Vanité de Duluoz"), sa vie comme sa santé tournent mal. A Big Sur, une des perles de la Côte ouest sur la fameuse Route 1, au sud de San Francisco, il est victime d'un delirium tremens où il croit apercevoir la Croix dans le ciel. Sans arrêter de boire pour autant, il redevient un fervent catholique.

Les neuf années qu'il passe alors avant de mourir, si elles restent tragiques , sont aussi pour lui productives. Il s'occupe beaucoup de sa mère, Mémère Gabrielle, se marie une troisième fois, voyage en Europe,et écrit " Satori à Paris" et "Pic".

Voyage en France, l'identité comme problème

En juin 1965, juste avant de sombrer Jack Kerouac gagne la France, Paris où il rencontre son éditeur Gallimard, mais il se rend surtout en Bretagne et dans les bibliothèques spécialisées pour y amorcer des recherches de généalogie. Persuadé par intuition que ses ascendants sont de nobles bretons, il tente d'en retrouver la trace dans ces vieux registres qui établissent les arbres des grandes familles. La quête est à la fois frénétique et vaine, elle versera de toute façon dans l'alcool.

"Bref, j'essayais de découvrir quelque chose sur mon ancienne famille, j'étais le premier Lebris de Kerouak à remettre les pieds en France, au bout de deux cent dix ans, pour essayer d'y voir clair, et j'avais prévu de me rendre en Bretagne puis ensuite en Cornouaille anglaise (la terre de Tristan et du roi Marc), et après cela j'allais débarquer en Irlande pour trouver Isolde et, comme Peter Sellers, recevoir un coup de poing en pleine figure dans un pub de Dublin. Ridicule, mais le cognac me réussissait si bien que j'allais tenter ma chance".

"Il ne s'y passa rien d'extraordinaire, sauf que j'y rencontrai la plus belle fille du monde. C'était inévitable. Comme la rencontre des paysages de Cézanne vers Aix-en-Provence, «les toits rouge terne et les collines lointaines, sous un halo de brume bleue» et les arbres de Van Gogh, près d'Arles, «les rangées de cyprès (qui) ballottaient."

En France, Kerouac est accompagné de Burroughs qui contacte l''éditeur français Olympia Press qui accepte de publier son roman en 1959 qui sera l'objet de nombreuses actions en justice aux Etats-Unis jusqu'à être condamné en 1965.

Trente cinq ans plus tard, l'ancêtre breton de l'écrivain américain est enfin identifié, révèlent Patricia Dagier et Hervé Quéméner, auteurs d'un livre intitulé "Jack Kerouac, Au bout de la route, la Bretagne". Le 13 octobre 2006, la nuit de l'écriture à Huelgoat, a célébré les racines franco-canadiennes du clochard céleste en présence d'une délégation de l'association des Kérouac d'Amérique.

Il maudira la génération de hippie qui l'admirait. Le parcours de Kerouac, entre solitude, extase, souffrance et jubilation, est le parcours d'un homme qui toute sa vie a cherché à se sauver : par l'amour, par la religion, par la drogue, par le voyage, et surtout par l'écriture. Pour lui, l'écriture était une prière, une entreprise de rédemption.

JK Home Florida
Jack Kerouac a vécu et écrit dans cette maison à Orlando en Floride au moment où "On the Road" lui procura un succès national. Et c'est dans cette maison qu'il écrivit d'un seul trait en onze frénétques jours et nuits "The Dharma Bums". La maison de Kerouac est maintenant un hommage littéraire vivant à l'un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. Comme tous les autres lieux que Kerouac a visité lors de ses voyages, il ne vécut pas ici longtemps. Mais cette maison représente un moment critique dans sa vie, quand il est passé, à l'âge de 35 ans, de l'état d'écrivain inconnu, à celui de poète de la "Beat Generation".

Abattu et seul, il passe la fin de sa vie dans cette maison à St. Petersburg en Floride, en compagnie de sa troisième femme Stella Sampras.

On peut retrouver Kerouac dans une vidéo où il s’exprime en français. Entretien réalisé par Radio Canada en 1967.

Profondément catholique malgré son anticonformisme, obsédé par ses racines et par le souvenir, Kerouac rejettera peu avant sa mort prématurée la contre-culture américaine des années 1960, pourtant née, en partie, de ses écrits.

Le 21 octobre 1969, il s'éteint à l'âge de 47 ans à St. Petersburg en Floride.

Le 24 octobre 1969, on enterrait, auprès des autres membres de sa famille au cimetière catholique de Lowell, morne petite ville industrielle du Massachussetts, le corps de Jack Kerouac, mort des suites de varices œsophagiennes hémorragiques (vraisemblablement d'origine alcoolique).

 

Tombe de Jack Kerouac
Tombe de Jack Kerouac au Edson Cemetery à Lowell, Massachusetts, lot 76, rangée 96, tombe n°1, avec cet épitaphe :
"He Honored Life"


Depuis quelque temps, il n'était plus que l'ombre de lui-même, revenu auprès de sa mère. Il resta sourd à la musique de Woodstock dont il aurait pu y reconnaître, comme Ginsberg, la moisson de ce que lui et ses amis avaient semé. Un chapitre était clos. Kerouac le clochard céleste, lampant sa gnôle à même le goulot et scandant ses blues à l'escale de la grande-route avait été la star numéro un du mouvement Beat qu'une Amérique un peu effarouchée avait vu exploser en 1955-57.

"Pratiquer l'endurance, la bonté, cultiver la joie du coeur". Telle est la règle de conduite d'un Rimbaud réincarné en James Dean (1931-1955) qui fut son contemporain.

La plus grande partie des archives de Kerouac vont à sa chère mère, ainsi qu'à sa femme Stella Sampas. Les archives seront finalement achetées par la New York Public Library, à l'exception du fameux rouleau. Ce dernier sera mis aux enchères le 22 mai 2001et acheté 2,46 millions de dollars par Jim Irsay le propriétaire de l'équipe de football  des Colts d'Indianapolis. Le rouleau est confié à un universitaire, James Canary, chargé de faire vivre  et de veiller sur ce long ruban.

Trois ans plus tard, en 1972, sa mère Gabrielle-Ange Lévesque, qu'il appelait affectueusement Mémère, décède.

La "Beat Generation"

La "Beat generation" est un mouvement né vers le milieu des années 1940 de la rencontre entre Jack Kerouac, le poète Allen Ginsberg et l'écrivain William Burroughs. Le trio fréquente le monde des paumés et des drogués de Times Square enfants de la crise économique des années 30 et de la Deuxième Guerre mondiale, se frotte à la petite pègre et découvre le jazz de Harlem. En 1948 quand John Clellon Holmes demande à Kerouac de décrire les qualités de leur génération, il invente le terme "Beat generation". L'adjectif Beat (proposé par Herbert Huncke) avait initialement le sens de «fatigué», «ramolli», mais Kerouac y ajouta la connotation paradoxale de upbeat et beatific.

Qualifier ce petit cercle d'aspirants écrivains, artistes, arnaqueurs et toxicomanes en tout genre de « Génération » fut une façon de revendiquer leur importance, leur représentativité, et surtout le début d'un nouveau mouvement littéraire, social et culturel, amlors qu'il n'aurait pu être qu'illusions de grandeur.

Les années 1950 furent marquées par des influences réciproques entre écrivains New Yorkais et de San Francisco (Ginsberg, Corso, Cassady et Kerouac s'y installèrent même pour un temps).

Puis en 1952 John Clellon Holmes fait connaître la phrase au grand-public en écrivant un article dans le Times Magazine intitulé "This Is The Beat Generation".

Depuis le XIXème siècle, le mot "beat" désignait un vagabond du rail voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises. Peu à peu ce mot désigne le tempo d'un morceau de jazz notamment que lui ont donné les musiciens noirs. "Beat" en vint à signifier une manière de traverser la vie; être "beat" devint être fatigué, lessivé, écrasé.

Kerouac y vit le style propre de toute une génération; il travaille le mot de façon à en faire ressortir d'autres significations, telles que "béat", "béatitude". Ce mal du siècle né du vertige des grands espaces et décrit par Kerouac l'a conduit a s'interroger sur ce monde trop vaste qui nous écrase. Dans les années 50-60 Gary Snider rencontre Kerouac et Ginsberg qui le décrivent comme le type le plus fou et le plus intelligent qu'ils aient rencontré. Gary Snider établit de nouveaux rapports entre l'homme et la nature, liés à une nouvelle compréhension de la nature de l'homme lui-même. L'influence de Gary Snider viendra infléchir le vagabond dont il est le personnage sous le pseudonyme de Japhy Rider dans The Dharma Bums (Les clochards Célestes), le moine bouddhiste itinérant, le vagabond sous son ombrelle trouée. "Beat" renvoie alors à la béatitude, à la disponibilité qui ouvre une nouvelle perception du monde. Le rapprochement de cet adjectif au mot "génération" est une référence directe au mouvement de la "lost generation" de Francis Scott Fitzgerald qui voulait s'affranchir du conformisme de l'Amérique des années cinquante.

Lors de la soirée du 7 ou du 13 octobre 1955 à la Six Gallery à San Francisco, Allen Ginsberg lit son poème "Howl" - qu'on peut traduire par hurler - cette virulente critique du rêve américain sidère son auditoire et le procès pour obscénité qui s'ensuivit fit connaître le mouvement Beat dans le grand public américain, comme le symbole de la révolte à venir d'une certaine jeunesse américaine antimilitariste, qui découvrait l'étrange Kerouac et ses drôles de copains, pionniers du mouvement "Beat".

Lorsqu'en septembre 1957, "On the Road" trouva enfin un éditeur; du jour au lendemain, l'Amérique fut pleine de beatnicks, c'est-à-dire, dans l'image de la grande presse, d'adolescents crasseux déguisés en clochards, cheveux longs et nu-pieds, trouvant des extases mystiques au fond de piaules sordides.

La secousse partie d'une bande de copains emportés par le tourbillon d'un narcissisme extatique, avait fini par transformer le paysage culturel, voire politique de l'Amérique et laissa une marque durable.

Le 2 avril 1958, le chroniqueur de potins Herb Caen, du San Francisco Chronicle, utilise le néologisme beatnik — par analogie avec Spoutnik (les russes viennent de lancer leur vaisseau spatial) — pour suggérer que les beats sont dans les nuages et pro-communistes. Il souhaite ainsi capter l'attention de ses lecteurs. Il fabrique un beau stéréotype qui va attiser la ségrégation contre les jeunes. Kerouac n'a pas prévu qu'il risque d'y laisser son identité d'écrivain. La mode n'est-elle pas pour l'artiste le masque de la mort ?

Malentendus

Pourtant Kerouac sacré, il y a un demi siècle, grand prêtre de toutes les contre-cultures transgressives par une presse avide de sensationnel, a toujours dénoncé les malentendus, contresens et mésinterprétations à son sujet. Elles ont contribué à transformer cet écrivain qui se définissait d'abord comme "mystique catholique, étrange, solitaire et fou" en icône des routiers sympas, gourou contestataire, chantre du communautarisme ravi, de l'hédonisme libertarien, de la sexualité sauvage, de l'éternel juvénile, de la docte ignorance, de la spontanéité créatrice et autres sornettes devenues mantras d'une vulgate illettrée.

Kerouac a écrit que si "Le livre a acquis la réputation d'être une sorte de truc anarchiste (…), ce qu'il n'était pas comme vous le savez. C'était vraiment l'histoire de deux potes catholiques, parcourant le pays à la recherche de Dieu." Jamais il ne s'avisa de remplacer la révélation par la révolution. Ni ne confondit la béatitude avec ses artéfacts mondains que sont l'amour et la paix, le sexe et la drogue. Jusqu'à sa mort, il tenta en vain de se débarrasser de cette désastreuse image qui a contribué à occulter l'intérêt et la vérité de son œuvre, qu'il plaçait au-dessus de tout.

Ses lectures sont édifiantes: Rabelais, Villon, Proust, Céline, mais aussi Shakespeare, Joyce, Ezra Pound, maître Eckhart et Dostoïevski. Pour ce fin lettré, la littérature était d'abord exigence radicale, labeur et souffrance. D'où son profond mépris pour «la génération Pepsi d'illettrés tordus, d'étudiants abrutis réduits au troupeau…»

La "Beat Nippe" branchée.

Jack Kerouac qui s'habillait pour quelques dollars dans les boutiques de l'Armée du Salut et usait ses vêtements jusqu'à la corde, serait sans doute étonné de voir qu'une marque italienne de luxe fabrique des bottines de nubbuck, sacs de voyage et autres blousons de cuir à son nom, en utilisant dans sa collection Jack Kerouac Project les "codes du nomadisme" en tant que clichés beatniks. Burroughs prétendait que le mythe beat avait surtout servi à vendre des jeans. En 1995, GAP a fait la promotion de ses pantalons kakis avec les images de Ginsberg et Kerouac. Récemment, Kerouac a du se retourner dans sa tombe lorsqu'une vieille valise lui ayant appartenu ainsi que son imperméable et son pardessus râpés ont été acquis aux enchères, par Johnny Depp, pour 15.000 et 10.000 dollars.

Jack Kerouac is back !

En 2007 aux Etats-Unis et en 2010 en France, le texte original de "Sur la Route"a refait surface, lançant une vague Kerouac qui se poursuit cette année avec la sortie d'un film.

En mai 2012, après des décennies de projets, le roman mythique de Jack Kerouac est porté à l'écran par Walter Salles. Francis Coppola en possédait les droits depuis les années 1980. Dans le même temps se tient à Paris, au Musée des lettres et manuscrits, une exposition intitulée : "Sur la route de Jack Kerouac" où est présenté le rouleau de papier de 36 mètres sur lequel, Kerouac,alors âgé de 29 ans tapa l'édition originale du roman qui allait le rendre célèbre.

Pour Jean-François Duval, «Kerouac et le mouvement beat ne sont pas derrière nous. Il y a dans leur épopée quelque chose qui continue à fonctionner comme un appel»

«Depuis les années 1980, on est dans le tout économique, l'homme est devenu unidimensionnel. Les Beats ne se contentaient pas de cela, ils ouvraient des routes nouvelles», poursuit J.F. Duval qui tente même l'analogie: «On pourrait dire que Kerouac et les Beats étaient les premiers Indignés, insatisfaits du monde et des voies trop conformes que la société leur proposait

Citations

Citations en Français

- "Je crois au Ciel, aux Anges, je fuis tout marxisme et conneries associées comme la psychanalyse, une ramification du premier." Dans Lettre à Allen Ginsbergf, le 8 janvier 1958.

- Kerouac, un écrivain français ? S'étant désolidarisé du mouvement beat, il se définissait comme "un artiste, un conteur, un écrivain dans la grande tradition française, et non le porte-parole d'un million de voyous".

- "On ne peut rien exprimer de très clair en anglais"
Jack Kerouac

- "Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller".
Sur la route

- "Les enfants s'aiment comme des amants, nous ignorons leurs petits drames dans le courant de notre vie d'adulte".
Maggie Cassidy

- " Triste compréhension, voilà ce que signifie compassion".
Les anges de la désolation

- "Une fois de plus, nos valises cabossées s'empilaient sur le trottoir; on avait du chemin devant nous. Mais qu'importe : la route, c'est la vie".
Sur La Route

- "Qui se soucie des arbres abattus en Provence, une route est une route"
Le livre des haïku

Citations en anglais

"On The Road" (passage taken from the book)

"... one night we suddenly went mad together again; we went to see Slim Gaillard in a little Frisco nightclub. Slim Gaillard is a tall, thin Negro with big sad eyes who's always saying 'Right-orooni' and 'How 'bout a little bourbon-arooni.' In Frisco great eager crowds of young semi-intellectuals sat at his feet and listened to him on the piano, guitar and bongo drums. When he gets warmed up he takes off his undershirt and really goes. He does and says anything that comes into his head. He'll sing 'Cement Mixer, Put-ti Put-ti' and suddenly slow down the beat and brood over his bongos with fingertips barely tapping the skin as everybody leans forward breathlessly to hear; you think he'll do this for a minute or so, but he goes right on, for as long as an hour, making an imperceptible little noise with the tips of his fingernails, smaller and smaller all the time till you can't hear it any more and sounds of traffic come in the open door. Then he slowly gets up and takes the mike and says, very slowly, 'Great-orooni ... fine-ovauti ... hello-orooni ... bourbon-orooni ... all-orooni ... how are the boys in the front row making out with their girls-orooni ... orooni ... vauti ... oroonirooni ..." He keeps this up for fifteen minutes, his voice getting softer and softer till you can't hear. His great sad eyes scan the audience.

Dean stands in the back, saying, 'God! Yes!' -- and clasping his hands in prayer and sweating. 'Sal, Slim knows time, he knows time.' Slim sits down at the piano and hits two notes, two C's, then two more, then one, then two, and suddenly the big burly bass-player wakes up from a reverie and realizes Slim is playing 'C-Jam Blues' and he slugs in his big forefinger on the string and the big booming beat begins and everybody starts rocking and Slim looks just as sad as ever, and they blow jazz for half an hour, and then Slim goes mad and grabs the bongos and plays tremendous rapid Cubana beats and yells crazy things in Spanish, in Arabic, in Peruvian dialect, in Egyptian, in every language he knows, and he knows innumerable languages. Finally the set is over; each set takes two hours. Slim Gaillard goes and stands against a post, looking sadly over everybody's head as people come to talk to him. A bourbon is slipped into his hand. 'Bourbon-orooni -- thank-you-ovauti ...' Nobody knows where Slim Gaillard is. Dean once had a dream that he was having a baby and his belly was all bloated up blue as he lay on the grass of a California hospital. Under a tree, with a group of colored men, sat Slim Gaillard. Dean turned despairing eyes of a mother to him. Slim said, 'There you go-orooni.' Now Dean approached him, he approached his God; he thought Slim was God; he shuffled and bowed in front of him and asked him to join us. 'Right-orooni,' says Slim; he'll join anybody but won't guarantee to be there with you in spirit. Dean got a table, bought drinks, and sat stiffly in front of Slim. Slim dreamed over his head. Every time Slim said, 'Orooni,' Dean said 'Yes!' I sat there with these two madmen. Nothing happened. To Slim Gaillard the whole world was just one big orooni."

"On the Road" (other passage taken from the book)

"Great Chicago glowed red before our eyes. We were suddenly on Madison Street among hordes of hobos, some of them sprawled out on the street with their feet on the curb, hundreds of others milling in the doorways of saloons and alleys. "Wup! wup! look sharp for old Dean Moriarty there, he may be in Chicago by accident this year." We let out the hobos on this street and proceeded to downtown Chicago. Screeching trolleys, newsboys, gals cutting by, the smell of fried food and beer in the air, neons winking--"We're in the big town, Sal! Whooee!" First thing to do was park the Cadillac in a good dark spot and wash up and dress for the night. Across the street from the YMCA we found a redbrick alley between buildings, where we stashed the Cadillac with her snout pointed to the street and ready to go, then followed the college boys up to the Y, where they got a room and allowed us to use their facilities for an hour. Dean and I shaved and showered, I dropped my wallet in the hall, Dean found it and was about to sneak it in his shirt when he realized it was ours and was right disappointed. Then we said good-by to those boys, who were glad they'd made it in one piece, and took off to eat in a cafeteria. Old brown Chicago with the strange semi-Eastern, semi-Western types going to work and spitting. Dean stood in the cafeteria rubbing his belly and taking it all in. He wanted to talk to a strange middle-aged colored woman who had come into the cafeteria with a story about how she had no money but she had buns with her and would they give her butter. She came in flapping her hips, was turned down, and went out flipping her butt. "Whoo!" said Dean. "Let's follow her down the street, let's take her to the ole Cadillac in the alley. We'll have a ball." But we forgot that and headed straight for North Clark Street, after a spin in the Loop, to see the hootchy-kootchy joints and hear the bop. And what a night it was. "Oh, man," said Dean to me as we stood in front of a bar, "dig the street of life, the Chinamen that cut by in Chicago. What a weird town--wow, and that woman in that window up there, just looking down with her big breasts hanging from her nightgown, big wide eyes. Whee. Sal, we gotta go and never stop going till we get there."

"Where we going, man?"

"I don't know but we gotta go." Then here came a gang of young bop musicians carrying their instruments out of cars. They piled right into a saloon and we followed them. They set themselves up and started blowin There we were! The leader was a slender, drooping, curly-haired, pursy-mouthed tenorman, thin of shoulder, draped loose in a sports shirt, cool in the warm night, self-indulgence written in his eyes, who picked up his horn and frowned in it and blew cool and complex and was dainty stamping his foot to catch ideas, and ducked to miss others--and said, "Blow," very quietly when the other boys took solos. Then there was Prez, a husky, handsome blond like a freckled boxer, meticulously wrapped inside his sharkskin plaid suit with the long drape and the collar falling back and the tie undone for exact sharpness and casualness, sweating and hitching up his horn and writhing into it, and a tone just like Lester Young himself. "You see, man, Prez has the technical anxieties of a money-making musician, he's the only one who's well dressed, see him grow worried when he blows a clinker, but the leader, that cool cat, tells him not to worry and just blow and blow--the mere sound and serious exuberance of the music is all he cares about. He's an artist. He's teaching young Prez the boxer. Now the others dig!!" The third sax was an alto, eighteen-year-old cool, contemplative young Charlie-Parker-type Negro from high school, with a broadgash mouth, taller than the rest, grave. He raised his horn and blew into it quietly and thoughtfully and elicited birdlike phrases and architectural Miles Davis logics. These were the children of the great bop innovators.

Once there was Louis Armstrong blowing his beautiful top in the muds of New Orleans; before him the mad musicians who had paraded on official days and broke up their Sousa marches into ragtime. Then there was swing, and Roy Eldridge, vigorous and virile, blasting the horn for everything it had in waves of power and logic and subtlety--leaning to it with glittering eyes and a lovely smile and sending it out broadcast to rock the jazz world. Then had come Charlie Parker, a kid in his mother's woodshed in Kansas City, blowing his taped-up alto among the logs, practicing on rainy days, coming out to watch the old swinging Basie and Benny Moten band that had Hot Lips Page and the rest--Charlie Parker leaving home and coming to Harlem, and meeting mad Thelonius Monk and madder Gillespie--Charlie Parker in his early days when he was flipped and walked around in a circle while playing. Somewhat younger than Lester Young, also from KC, that gloomy, saintly goof in whom the history of jazz was wrapped; for when he held his horn high and horizontal from his mouth he blew the greatest; and as his hair grew longer and he got lazier and stretched-out, his horn came down halfway; till it finally fell all the way and today as he wears his thick-soled shoes so that he can't feel the sidewalks of life his horn is held weakly against his chest, and he blows cool and easy getout phrases. Here were the children of the American bop night.

Stranger flowers yet--for as the Negro alto mused over everyone's head with dignity, the young, tall, slender, blond kid from Curtis Street, Denver, jeans and studded belt, sucked on his mouthpiece while waiting for the others to finish; and when they did he started, and you had to look around to see where the solo was coming from, for it came from angelical smiling lips upon the mouthpiece and it was a soft, sweet, fairy-tale solo on an alto. Lonely as America, a throatpierced sound in the night."

Reconnaissances - Éponymes

- Kerouac a habité 29 Russell Street à San Francisco au début des années 1950 ( mais il n'y a aucune plaque commémorative)

- Une rue porte son nom à San Francisco, en Californie.

- Kerouac memorial, Kerouac Park dowtown Lowell

- Une stèle à la mémoire de Jack Kerouac a été érigée en 2000 à Kervoac, commune de Lanmeur (Finistère), d'où est originaire la famille de l'écrivain

- Le Festival des Vieilles Charrues à Carhaix-Plouguer en Bretagne érige, chaque année en juillet, une scène qui porte son nom

Jack Kerouac's Birthday

“The only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved . . . the ones who . . . burn, burn, burn like fabulous yellow roman candles." Like his character Sal Paradise in On the Road, Jack Kerouac was restless to discover himself in postwar America. His stream-of-consciousness writing style flowed like jazz, encompassing but not always embracing the Beat generation of the 1950s.

Hitchhiking with friend Neil Cassady gave birth to On the Road (1957), which became an instant success. The book, like the roads he traveled, embodied Kerouac's marathon urge to create, having been typed on a continuous roll of taped-together paper measuring 120 feet in length. Troubled by fame, critics, and his inability to break free of beatnik stereotypes, Kerouac sought solace in alcohol, which led to his early death."

Jack Kerouac / Frederick W. McDarrah / Gelatin silver print,1959 / National Portrait Gallery, Smithsonian Institution © Fred W. McDarrah

Bibliographie de Jack Kerouac

Ses écrits retranscrivent sa vie riche en "dérèglements des sens", sa compassion pour les exclus, les clochards, les victimes du racisme, et sa bohème sur les routes des États-Unis et du Mexique.

• Avant la route (The Town and the City) publié en 1950 (écrit de 1946 à 1948), La Table Ronde, Pet Vermillion, 1998.

• Sur la route (On the Road) publié en 1957 (écrit de 1948 à 1956), Gallimard, Folio, 1976, .

• Sur la route. Le rouleau original, Gallimard, 2010 Texte original non censuré et non retravaillé, édition établie par Howard Cunnell

• Les Souterrains (The Subterraneans) publié en 1958 (écrit en octobre 1953), Gallimard, Folio, 1985.

• Les Clochards célestes (The Dharma Bums) publié en 1958, écrit en novembre 1957, Gallimard, Folio, 1974. Plus traditionnel, traite du bouddhisme zen envisagé comme voie de réalisation personnelle.

• Docteur Sax (Doctor Sax) publié en 1959 (écrit en juillet 1952), Gallimard, Folio, 1994.

• Maggie Cassidy (Maggie Cassidy) publié en 1959 (écrit en 1953), Gallimard, Folio, 1986.

• Tristessa (Tristessa) publié en 1960 (écrit de 1955 à 1956), McGraw-Hill Companies, 1990.

• Visions de Cody (Visions of Cody) publié en 1960 (écrit de 1951 à 1952), Christian Bourgeois, 1993.

• Le Vagabond solitaire (Lonesome Traveler) publié en 1960 (écrit de 1958 à 1960), Gallimard, Folio, 1980.. Précédé de Grand voyage en Europe. Récits de voyages. «I am not a beatnik, I am a catholic» («je ne suis pas beatnik, je suis catholique»), écrit Jack Kerouac dans la préface.

• Big Sur (Big Sur) publié en 1962 (écrit en octobre 1961), Gallimard, Folio, 1979. Retrace la retraite californienne du roi des Beatniks, qui essaie, malgré des signes évidents de déclin physique et mental, de mettre de l'ordre dans son existence.

• Visions de Gérard (Visions of Gerard), écrit en janvier 1956, publié en 1963 Gallimard, Monde entier, 1972.

• Les Anges de la désolation (Desolation Angels) publié en 1965 (écrit de 1956 à 1961), Denoël, Romans Traduits, 1998. Premier titre en français :Les Anges vagabonds, Gallimard, Folio, 1973.

• Satori à Paris (Satori in Paris) publié en 1966 (écrit en 1965), Gallimard, Folio, 1993.

• Vanité de Duluoz (Vanity of Duluoz) publié en 1968 (écrit en 1968), 10/18, 1995,

• Pic (Pic) publié en 1971 (écrit de 1951 à 1969), La Table Ronde, Miroir de la Terre, 1988.

• Vieil Ange de minuit. (Old Angel Midnight) écrit en 1956, Suivi de Cité Cité cité, Shakespeare et L'Outsider, Gallimard, Infini, 2001,.

• les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines (And the Hippos Were Boiled in Their Tanks), coécrit avec William Burroughs, Penguin Classics, 2009. Collaboration farfelue et autobiographique de Kerouac avec William Burroughs, datant de 1945.

• Vraie blonde, et autres (Good Blonde and Others) écrit en 1957-1969, publié en 1993, Gallimard, Folio, 2003.

The sea is my Brother, écrit vers 1943, inédit perdu écrit durant ses années de marine marchande, un peu avant la Seconde Guerre mondiale.Kerouac disait lui-même qu'il évoquait « la simple révolte d'un homme face à la société telle qu'elle est, avec ses inégalités, ses frustrations et sa souffrance auto-infligée », aura été son premier manuscrit. Les 158 pages ne furent pourtant jamais publiées. Mais voilà que l'éditeur Harper souhaite faire découvrir ce texte, après l'achat des droits, quelques jours auparavant. Racontant le destin de Wesley Martin, un homme qui « aimait la mer d'un étrange et exclusif amour », The Sea is My Brother est une quête pour échapper à la société, en s'enfuyant vers les océans. Il se brisera contre une terrible et « horrible solitude », comme le rapporte le Guardian.

Essais et poèmes

• Beat Generation (Beat Generation), en collaboration avec William Burroughs, Allen Ginsberg et Brion Gysin, Flammarion, Mille et une pages, 2001).

Wake Up. A life of the Buddha (écrit de 1954 à 1955), publié dans la revue bouddhiste Tricycle, présente une biographie de Siddhartha Gautama, Vicking Books, 2008.

Dharma, Fayard, 1999.
Recueil de notes accumulées entre 1953 et 1956, le recueil se présentant comme un fac-similé de tapuscrit, avec une mise en page originale.

Mexico City Blues publié en 1959 (écrit durant l'été 1955 en trois semaines à Mexico en compagnie de William Burroughs), Points, Poésie, 2006.

• Le Livre des rêves (Book of Dream) publié en 1960 (écrit entre 1952 et 1960 à partir de notes prises au réveil), Flammarion, 1977.

• L'Écrit de l'Éternité d'or (The Scripture of the Golden Eternity), publié en 1960, éditions de La Différence, Coll. Minos, 2003.
Écrit en mai 1956 sur les conseils de Gary Snyder qui lui suggéra d'écrire une Sutra, et considéré comme un texte religieux par Kerouac.

Scattered Poems écrit de 1945 à 1968, publié en 1971, publié en France sous le titre Poèmes, Seghers, Poésie d'abord, 2002.

• Le Livre des haïkus (The Book of the haikus), La Table Ronde, Divers, 2006.

Trip Trap. Haïku on the road écrit en 1959, publié en 1963 (avec Albert Saijo et Lew Welch), Grey Fox Press, 2001.

Heaven and Other Poems écrit de 1957 à 1962, publié en 1977, Grey Fox Press, 2001.

San Francisco Blues (1954), Penguin USA, 1995.

Pomes Of All Sizes (1954-1965), City Lights Books, Pocket Poets, 1992.

Book of Blues (1954-1961), Denoël, 2000.

• Lettres choisies (Selected Letters), Ecrites entre 1940, quand Kerouac était un étudiant de première année d'université, et 1956, juste avant son saut éperdu dans la célébrité, ces lettres offrent un aperçu de valeur inestimable dans l'univers intime de Kerouac : vie de famille de ses amitiés, ses voyages, ses aventures amoureuses, et son apprentissage littéraire. Plusieurs des lettres ont des annotations écrites par Kerouac lui-même peu avant sa mort.

Il a parfaitement restitué sa quête de la vérité entre christianisme et bouddhisme. Sa recherche de la vérité pour l'aider à vivre s'est traduit par toutes ces formes que sont l'écriture, la poésie, la peinture, le passage par les différentes drogues, la méditation face à la nature...

En 2001 la rédaction du American Modern Library inclut "On the Road" ("Sur la route") dans sa liste des 100 meilleurs romans du XXe siècle en langue anglaise.

En mai 2005, le journal français Libération révèle qu'une première pièce, inédite, de Jack Kerouac va être publiée, trente-six ans après la mort de son auteur, selon son agent Sterling Lord. Le texte se nomme comme le mouvement dont il a été le plus fameux représentant, "Beat Generation". Ecrit à l'automne 1957, la même année que le mythique "Sur la route", il a refait surface dans un entrepôt du New Jersey il y a six mois. Déjeunant l'avec l'agent de Kerouac, le rédacteur en chef de Best Life Magazine lui a demandé s'il n'avait pas un inédit dans les tiroirs. Si justement... "Beat Generation".
Les fans de Kerouac pourront donc se jeter sur le Best Life Magazine de juillet pour lire le début. L'histoire raconte une journée dans la vie de Jack Duluoz, alcoolique et toxicomane, alter ego littéraire de l'auteur, qui tape le carton avec des personnages inspirés d'Allen Ginsberg, Neal Cassady et d'autres membres de la Beat generation. Le texte intégral est sorti chez l'éditeur Thunders Mouth Press en octobre 2005.

Pourquoi l'unique pièce de Jack Kerouac s'est-elle terrée pendant si longtemps? Le manuscrit avait été envoyé à plusieurs metteurs en scène, sans succès. L'écrivain a même tenté de convaincre Marlon Brando, qui ne répondit pas à ses sollicitations. Kerouac laissa tomber pour de bon le théâtre.

 

Sources

- Seguin rencontre Kerouac : Archives télé de Radio-Canada

- Comme une lumière vide par Yves Ughes

- Le guide des lectures : Jack Kerouac

- Jack Kerouac ou l'Amérique à échelle humaine

- Les Vies Parallèles de Jack Kerouac, de Barry Gifford et Lawrence Lee, Éditions Rivages.

- L'Ange déchu, une vie de Jack Kerouac, de Steve Turner, Éditions Mille et une Nuits.

- Memory Babe, de Gérald Nicosia, éditions Verticales.

- Kerouac : le bout de la quête (généalogie de Jack Kerouac) Mars 2009

- Jack Kerouac, hippie beatnik ou catho mystique ? Paulin Césari dans Le Figaro du 3 mai 2012

- Les Lettres françaises.fr, article de Michel Buteau du 20 septembre 2010.

- Kerouac et la Beat Generation par Jean-François Duval  aux PUF.