Clovis THOREL

1833-1911

Botaniste, explorateur et médecin français

Clovis Thorel s'engage en 1861, comme chirurgien auxiliaire de 3e classe dans la Marine impériale, affecté en Cochinchine. Il participe au corps expéditionnaire d'exploration du Mékong en tant que médecin et botaniste.

Il naît à Vers-Hébécourt, dans la Somme, le dimanche 28 avril 1833 à 14 heures dans une famille où il y a déjà deux garçons (Benjamin 14 ans et Casimir 11ans). Il est prénommé Clovice1 (sic) peut-être en hommage aux dynasties fondatrices du royaume de France auxquelles déjà son père Charlemagne est consacré. Le grand père de Clovis, Louis Charles, était venu s’installer à Vers pour y devenir fermier. Charlemagne, qui fut soldat du premier empire, est simple ouvrier à la fabrique de velours de coton. Il n’est pas encore complètement démobilisé quand il épouse Véronique Tassencourt, issue d’une vieille famille Versoise.

Clovis reçoit une instruction primaire au village et ses parents le destinent au commerce, à l’instar de son frère Benjamin qui, très tôt, a pris un poste de commis de banque à Amiens.

C’est dans cette ville, qu’à l’âge de 17 ans il rencontre, lors d’une de ses visites au jardin des plantes, un étudiant en médecine avec lequel il sympathise. Cela détermine sa vocation. En opposition avec sa famille il suit alors des cours libres puis ceux de l'école de médecine. A 20 ans il est préparateur de chimie et d'histoire naturelles pour financer ses études. Il est encore étudiant en médecine lors du décès de son père. Il a alors 22 ans. Il devient ensuite externe puis interne des hôpitaux restant à Amiens à proximité de sa mère. Au décès de cette dernière en 1861, il s'engage comme chirurgien auxiliaire de 3è classe dans la Marine et rejoint Brest. Il est aussitôt affecté en Cochinchine2 sur la canonnière “la Mitraille” avec laquelle il participe à quelques patrouilles sur le fleuve Mékong. L’année suivante, il est nommé secrétaire du conseil de santé de la colonie et participe aux soins médicaux à l’hôpital de Saïgon. Là, il profite de chaque moment de liberté pour explorer systématiquement la campagne et les forêts des environs de la cité, où il récolte quelques 1500 spécimens d'espèces différentes. Sa réputation de botaniste passionné se forge alors. En 1864, son chef de service hospitalier Lallumeaux d'Ornay écrit à son sujet “quoique peu fortuné, il a consacré toutes ses économies à faire venir de France les ouvrages qui le mettent à même de compléter la flore du pays”. En 1865, à la suite de ces travaux, il est nommé membre titulaire du comité agricole et industriel de la Cochinchine.

En 1866 se constitue un corps expéditionnaire d’exploration sous la direction du capitaine de frégate Ernest Doudard de Lagrée. La double compétence de médecin et de botaniste de Clovis Thorel le fait appeler à devenir membre de cette mission. L’objectif principal de cette expédition était de reconnaître une possible liaison fluviale entre la Chine du Sud et la Cochinchine par le fleuve Mékong. Mais l’expédition avait aussi un but scientifique, devant recueillir des informations géographiques, météorologiques, hydrographiques, zoologiques, anthropologiques, agricoles et botaniques sur les contrées traversées. C’est de ces trois derniers domaines que Clovis est particulièrement chargé. Clovis Thorel Portrait

Le voyage commence par la visite des temples d’Ankhor, peu connus à cette époque. Puis il se continue dans des circonstances plus périlleuses à travers des contrées du Laos, du Siam, de la Birmanie et du Yunnan, inconnues des Européens et balayées par des guerres tribales, les raids pirates des « pavillons noirs », et des équipées musulmanes aux limites de l’empire chinois. C’était la première fois que des Occidentaux entraient en Chine par la route du Sud, sans passer par Pékin. Après maintes péripéties dont certaines très dangereuses, l'expédition atteint Shanghaï en Chine en juin 1868, soit deux ans presque jour pour jour après son départ. Elle a parcouru 8800 kilomètres dont 2400 à pied, les voies d’eau étant souvent trop dangereuses pour être remontées en pirogues. Les chaussures étant usées les exploateurs sont contraints de marcher durant plusieurs centaines de kilomètres pieds nus dans les herbes coupantes, les cailloux pointus, les rivières chargées de sangsues et les cols enneigés. Le chef de l’expédition, Doudard de Lagrée, décèdera de maladie et d’épuisement avant la fin du voyage.

Durant ce périple, Clovis Thorel continue sa collecte botanique et enrichit son herbier. Son travail suscitera l’estime de son collègue F.Gagnepain qui encore en 1908 “ rend hommage à la sagacité du botaniste expérimenté et de l’excellent collecteur ” qu’il est. Dans la dernière partie du trajet, il doit cependant se contenter de faire des descriptions écrites n'ayant plus la possibilité de conserver les plantes elles-mêmes.
C'est à Suez, en 1868, sur la route de son retour en France qu'il apprend sa nomination comme chevalier de la légion d'honneur.

Il soutient sa thèse de doctorat en médecine à Paris le 7 mars 18703. Dans ce document intitulé " Notes médicales du voyage d’exploration du Mékong" il fait un inventaire des maladies fréquentes dans ces pays et réfléchit sur les mesures d’hygiène qu’il faudrait prendre pour améliorer la santé publique. Sa description des plantes exotiques et de leurs propriétés thérapeutiques telles que décrites par les populations indigènes en fait un des pionniers de l’ethno pharmacopée. Il rejoint ainsi avec succès la cohorte des marins explorateurs dont les travaux scientifiques émaillent le XIXe siècle.

Il sera chargé de rédiger la partie ethnographique du compte-rendu4 de l’expédition qui sera publié en 1873. Ce travail est marqué par les théories en cours à cette époque sur les différences entre les « races humaines » et leur hiérarchie supposée. Cependant il est l’occasion d’étudier très scrupuleusement les caractères morphologiques des différents types humains qu’il a rencontré.

Il rédige aussi le chapitre consacré à l’agriculture et à la botanique5. Il insiste alors sur l’influence de la structure sociale dans la prospérité des agriculteurs. Ainsi il affirme fortement l’importance de la propriété de la terre à celui qui la cultive afin d’assurer un développement continu de génération en génération. Il renvoie dos à dos les deux théories sociales en cours à cette époque : la propriété collective des terres et la propriété concentrée dans les mains d’une classe possédante. Nul doute que son origine paysanne picarde n’est pas étrangère à cette prise de position. Son étude détaillée des techniques agricoles et des plantes cultivées est toute tournée vers l’amélioration du rendement des exploitations qui résulterait de l’application des méthodes et techniques en cours en Europe, qu’il estime incontestablement plus efficaces.

Il reste mobilisé durant la guerre de 1870 contre la Prusse et durant le siège de la capitale qui a suivi la capitulation de Napoléon III et la proclamation de la troisième république, il est affecté aux ambulances de la presse. Il quitte la Marine en juillet 1871, il se marie et ouvre un cabinet médical dans le quartier de Passy. Un de ses biographes le décrit ainsi : “ Le docteur Thorel est une des personnalités les plus attachantes du XVIe arrondissement … Il a su acquérir une grande popularité par sa science et son dévouement et l’on peut ajouter, par la cordialité et l’aménité qui sont le fond de son caractère ”. Il est vrai qu’il se dévouera aux plus modestes habitants de son quartier en offrant ses services au bureau de bienfaisance.

Faute de moyens, il doit renoncer à publier la flore d'Indochine qu'il projetait en collaboration avec Monsieur L. Pierre, le conservateur du jardin botanique de Saïgon. Il fera don de son herbier de 9 volumes manuscrits décrivant 4203 espèces au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris en 1906.

Clovis Thorel Orchidées

Durant les 20 dernières années de sa vie, il se consacre à l'étude des propriétés thermales de la grande source de Bagnoles de l'Orne et il publiera en 1900, en collaboration avec R. Vaucher, un “Code médical du baigneur de Bagnoles”6 où il décrit les propriétés des eaux de la grande source et les différentes affections qu’elle peut soulager. Il entreprend alors une étude plus précise et ébauche une théorie originale sur le mode d’action de ces eaux. Selon cette théorie ce sont les microorganismes dont la présence est favorisée par la minéralité et la température, qui ont le pouvoir de soulager les malades. Cette théorie a été développée dans un manuscrit à peine achevé au moment de son décès. Ce manuscrit ne sera malheureusement pas édité et passera inaperçu. Cette théorie retrouve cependant aujourd’hui un regain d’intérêt et fait l’objet de nouvelles recherches.

Il s'éteint à Bagnoles-de-l’Orne en 1911 et sa dépouille est inhumée au cimetière du Père Lachaise dans le caveau qu'il a fait ouvrir pour son épouse décédée en 1904.

Son nom reste associé à une vingtaine de plantes d’Indochine qu’il a soigneusement décrites pour la première fois par exemple les Neothorelia, Thoreldora, Thorelia7.

Notes :

1 L’orthographe est celle qui figure sur l’acte de naissance, et qui sera reprise sur les papiers militaires. Cependant, lui signe ses écrits du prénom de Clovis avec l’orthographe classique.

2 L’amiral Ch.Rigault de Genouilly prend la ville de Saïgon en février 1959. Une négociation difficile avec l’empereur d’Annam, durant laquelle les épreuves de force se succèdent, aboutit en 1865 et reconnaît la souveraineté de la France sur la Cochinchine. Le protectorat français sur le Cambodge sera effectif à dater de 1867 à la suite d’un traité avec le Siam. L’amiral de Genouilly sera Ministre de la marine et des colonies de 1867 à 1870.

3 Ce document est conservé à la bibliothèque interuniverstaire de médecine à Paris. Cote 90973.

4 Cette publication a été éditée sous la direction de Francis Garnier, second de Doudard de Lagrée dans l’expédition du Mékong. Elle est consultable à la Bibliothèque du Musée Guimet à Paris.

5 L’actualité de ce travail n’est pas démentie encore de nos jours. Une traduction en langue anglaise a été réalisée en 1996 par Walter Tips et édité par la société White Lotus à Bangkok, Thaïlande en 2002.

6 Ce livret est conservé à la bibliothèque interuniversitaire de médecine de Paris. Cote 76476 (8 ).

7 Diverses informations complémentaires sur ce travail de botaniste se trouvent dans le Bulletin de la Société Botanique de France, volume 55 (1908) et dans d’autres publications plus spécialisées.

 

Sources

- Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris : Notice nécrologique par le Dr Cervin, page 569.