Patrimoine géographique de l'Ardèche
En dehors des partages administratifs, le département de l'Ardèche peut artificiellement être divisé en trois grandes "parties" qui regroupent sept régions naturelles et constituent un seul Pays, l'ancien Vivarais.
"Il y a des régions plus majestueuses dans notre France; il n'y en a pas, à ma connaissance, de plus originale et surtout de plus contrastée, où l'on puisse comme ici, passer en quelques heures de la nature alpestre à la nature italienne; il n'y en a pas où l'histoire de la terre et des hommes soit écrite sur le sol en caractères aussi clairs, aussi vivants."
Eugène-Melchior de Vogüé, Académicien Français.
Le Centre de l'Ardèche,
Pays de châtaigne et de feu
L'Ardèche n'a pas de centre. Cette expression désigne la partie moyenne du département, qui n'est ni au nord, ni au sud et correspond à peu près aux vallées de l'Eyrieux, de l'Ouvèze et de la Payre.
* Les Boutières
"Le pays le plus âpre et le plus vivarois du Vivarais" Entre le Haut-Vivarais et la Montagne ardéchoise, La chaîne des Boutières, adossée au Coiron, est une contrée de transition, qui pousse son relief de l'ouest vers l'est, elle s'étend de Saint-Agrève jusqu'aux abords de Privas et Chomérac, avec le bassin de l'Eyrieux comme axe et les cantons de Saint-Martin-de-Valamas, du Cheylard, et de Saint-Pierreville comme limites administratives. .
Les pentes sont impressionnantes, sans atteindre l'ampleur de celles des Cévennes. La région était le passage des caravaniers viticulteurs qui allaient dans le Forez monter leurs vins et redescendaient le bois pour faire les tonneaux. C'est de cette activité que nous vient l'appellation "Boutières", "Boute" signifiant outre à vin.
Les communications avec l'extérieur demeurent difficiles en dépit de l'ouverture en 1882 de la route des gorges de l'Eyrieux et en 1891 d'une voie ferrée de la Compagnie des chemins de fer départementaux de la-Voulte au Cheylard, prolongée plus tard jusqu'à Saint-Agrève et Lavoûte-sur-Loire. Aussi pour désenclaver la région, au Cheylard on fait appel aux nouvelles technologies (réseau câblé, internet) ou à la construction d'un lycée polyvalent assurant la formation initiale et continue sur place. La région du Cheylard est le second bassin industriel d'Ardèche, à égalité avec Tournon.
Les Boutières représentent la partie "la plus âpre et la plus vivaroise du Vivarais". Son relief parfois profondément entaillé, se couvre de châtaigniers, l'arbre ardéchois le plus caractéristique.
La région des Boutières est centrée par la vallée de l'Eyrieux au débit très inégal, qui s'étire entre Arcens, Saint-Martin-de-Valamas, Le-Cheylard, Accons (château de la Motte), Saint-Sauveur-de-Montagut, Les-Ollières-sur-Eyrieux. La région de Saint-Pierreville, calme et tranquille se tourne vers l'artisanat local. En route vers la vallée du Rhône par Saint-Fortunat-sur-Eyrieux, Saint-Laurent-du-Pape (Château du Bousquet), jusqu'à Beauchastel au confluent avec le Rhône. Son climat est tempéré. Sa flore est riche de colchiques, de genêts et de mille fleurs des prés: violette, achilée, arnica, millepertuis ou mauve. De vieux hameaux isolés s'agrippent sur les versants dont on devine les murettes des cultures en terrasse: Saint-Pierreville, Saint-Martin-de-Valamas (Ruines du château de Rochebonne), Le-Cheylard. L'agriculture familiale est orientée vers la culture des arbres fruitiers (la monoculture du pêcher s'est imposée par sa qualité dans la vallée de l'Eyrieux), ainsi que vers l'élevage des moutons et des chèvres. Les forêts et les châtaigneraies recouvrent les autres terrains incultes. Au printemps, elle transforme cette rude vallée en une symphonie de couleurs du rose pâle au pourpre en passant par le carmin. Entre les Basse-Boutières, le Coiron et la vallée du Rhône, dans la partie la plus large du département, deux cantons sont difficiles à classer; certains les regroupent sous le terme vague de Moyen-Vivarais, d'autres les assimilent au Bas-Vivarais : Privas et Chomérac.
Le bassin de Privas
A Privas siège la Préfecture depuis 1790, à cause de sa position centrale, mais n'exerce pas une attraction économique comparable à son rôle administratif. La région d'influence directe de Privas se limite aux vallées de l'Ouvèze et de la Payre, ainsi qu'aux versants nord du Coiron. La ville de Privas existait sans doute déjà à l'époque médiévale. Privas, cité des résistances religieuses, une des capitales du Protestantisme, fut assiégée par Louis XIII et Richelieu. Ici résonnent encore les clameurs de l'Histoire, dont le souvenir est entretenu au Musée du Protestantisme (maison de Pierre et Marie Durand) à Pranles. On dit que les derniers défenseurs préférèrent se faire sauter avec le fort du Mont Toulon qui constituait leur dernier refuge. Sur les bords de l'Ouvèze se trouve le pont Louis XIII, sur la place de la République la tour Diane de Poitiers et au musée de la Terre ardéchoise on peut voir la maquette du siège de Privas. Privas c'est aussi la capitale du marron glacé. La région possède de nombreux châteaux. Entrevaux sur la commune de Saint-Priest, le Domaine de Cheylus à Flaviac transformé en exploitation viticole, le château de Berzème de basalte noir, le château de Liviers à Lyas.
Sur la route de Montélimar se trouve Saint-Vincent de Barrès, sentinelle médiévale dressée sur son éperon rocheux où se trouve la ferme Faugères d'élevage de vers à soie.
Depuis Privas, vers l'ouest le col de l'Escrinet une fois franchi conduit à Vesseaux puis Aubenas.
Enfin, Chomérac et ses environs, riches en vestiges archéologiques, s'ouvrent à l'industrie tout en bénéficiant d'une plaine agricole bien irriguée.
* Le plateau du Coiron
La barre volcanique du Coiron [de kar (gros rocher)] est située entre Haut-Vivarais et Bas-Vivarais, il correspond à un plateau basaltique qui relie approximativement Vesseaux, le col de l'Escrinet au Pic de Chenavari (restes d'un ancien volcan au-dessus de Rochemaure), il est circonscrit au sud par la vallée de l'Escoutay.
C'est une contrée de transition qui étale ses coulées de basalte sur une longueur de 18 km en direction du Rhône, atteignant au maximum 11 km de largeur; son plus haut point, la Crête de Blandine (proche du col de l'Escrinet), culmine à 1007 mètres, et son altitude moyenne est de 700 m, son relief diminue de l'ouest vers l'est.
La partie supérieure du Coiron est caractérisée par les cheminées de volcans dégagée par l'érosion, appelées dykes. Le pourtour du plateau dessine une série de lobes nervurés qui vu d'avion présente une découpe dite en "feuille de chêne". Le Coiron se distingue très nettement dans le paysage, il montre des falaises noires, vent et maisons en pierres sombres au-dessus des pentes ravinées et taillées dans les marnes, dominant les calcaires argileux gris ou ocres du Bas-Vivarais. Il juxtapose les coulées de laves et les senteurs de l'Ardèche méridionale avec des richesses naturelles en rapport avec cette originalité.
Le climat est rigoureux, les variations de température significatives.
Au col de l'Escrinet les chasseurs et les braconniers traquent les ramiers tandis que passent les rapaces, le milan et la bondrie apivore, les fauvettes et le faucon hobereau. En descendant le col vers Aubenas on trouve la sculpture en métal d'une chèvre réalisée par l'agri-sculpteur Pierre-Louis Chipon en 1986, qui l'avait conçu comme panneau de signalisation indiquant la vente de fromages à la ferme. Elle devint vite un point de repère pour les ardéchois et une attraction pour les touristes franchissant le col. Vers le sud la garrigue, quelques genévriers ou buis et les lianes de salsepareille, de clématite et de chèvrefeuille. Les arbres y sont rares, mais l'herbe et la lande peuvent nourrir un bétail abondant et varié, le Coiron est une région d'élevage de chevaux et de bovins. L'agriculture familiale est orientée vers la culture du blé, de l'orge et des pommes de terre.
• Après avoir descendu le col de l'Escrinet, passage à Saint-Priest gardien des sources de l'Ouvèze; au départ de Privas, par la D 7, direction Villeneuve-de-Berg. De très belles vues se succèdent au cours de la montée du Coiron. Puis le basalte noir assombrit le paysage. A l'embranchement de Freyssenet poursuivre à gauche vers Taverne, au col de Fontelle descendre vers Saint-Martin-sur-Lavezon. En poursuivant on arrive à Meysse vieux village ayant conservé son aspect de jadis. Prendre la RN 86 vers le sud pour voir apparaître les ruines du château de Rochemaure.
• Au départ de Villeneuve-de-Berg par la N102 en direction de Viviers, emprunter la route du Pradel, à gauche.
Villages-belvédères du Coiron
Face à l'ancienne place forte de Mirabel, au nord, se tient un autre belvédère naturel avec vue sur le Bas-Vivarais à Saint-Laurent-sous-Coiron. De Villeneuve reprenant la RN 102 en direction d'Alba, on peut se rendre à Saint-Jean-le-Centenier (extraction de basalte) et s'aventurer dans les Balmes de Montbrun avant de reprendre la route pour monter à Sceautres et revenir voir les orgues de Saint-Pons, villages situés sur des terrains basaltiques.
• Saint-Vincent-de-Barrès figure parmi les villages méritant qu'on s'y attarde. De là on peut regagner Privas par Saint-Lager-Bressac, Chomérac, et Alissas, là à gauche petit détour vers Rochessauve .
La façade rhodanienne de l'Ardèche du centre
Cette façade rhodanienne de l'Ardèche du Centre est extrêmement diversifiée. C'est d'abord le débouché de la vallée de l'Eyrieux, puis les montagnes s'avancent jusqu'au fleuve, la vallée de l'Ouvèze à hauteur du Pouzin marque une première limite. Après la petite plaine de la Payre les basaltes du Coiron se montrent jusqu'à la hauteur de Rochemaure.
L'arboriculture de la pêche autrefois prospère dans les communes du Bas-Eyrieux n'est plus aussi florissante. La production d'oléagineux dans la plaine de Chomérac paraît moins compromise.
Toute la région est constituée par un chapelet de petites villes industrielles de part et d'autre du Rhône. En face du tandem La-Voulte-le Pouzin on trouve le duo Livron-Loriol. La-Voulte n'a jamais remplacé l'usine Rhône-Poulenc-Textile autrefois principal employeur. Par contre le Pouzin voit se développer une zone artisanale, ainsi qu'un parc industriel départemental de 100 hectares. A Cruas, les cimentiers français et la centrale nucléaire EDF sont parmi les plus gros industriels ardéchois.
En suivant la RN 86, on peut découvrir la richesse patrimoniale du nord au sud de la région centre de l'Ardèche.
C'est d'abord le village de Beauchastel ( le vieux village perché, le nouveau village dans la vallée et l'usine hydro-électrique). Légèrement plus loin La-Voulte-sur-Rhône s'étire en un long ruban, on traverse d'abord les "cités"; puis on arrive dans la vieille ville, en bas se situaient les anciennes fonderies (Parc Babouin), puis les ruelles conduisent au vieux château qui abrite la magnifique chapelle des Princes d'époque Renaissance.
La ville du Pouzin, en grande partie détruite par les bombardements de 1944, ne possède qu'une église moderne construite en 1950. De là, en direction de Privas, aux Fonts-du-Pouzin on peut se rendre à Saint-Pierre-de-Rompon où se trouvent les vestiges d'une abbaye (Couvent des chèvres, accessible après une marche).
Il faut aller jusqu'à Cruas pour trouver l'Église de l'ancienne abbaye datée du IXe siècle. Cruas est aussi un village médiéval dominé par le "château des Moines". Au sud de Cruas on peut visiter la centrale nucléaire. En passant au village de Meysse, sur la RN 86, on peut s'attarder quelques instants à l'église du village bâtie sur des thermes gallo-romains.
Le village de Rochemaure, plus au sud, est fortement marqué par le volcanisme (Coiron); on y trouve pêle-mêle des vestiges gallo-romains, les ruines d'un château du Xe remanié au XIIe, son donjon et ses remparts, dans lesquelles un spectacle "Son et Lumière" est organisé.
En quittant Rochemaure, vers l'ouest on peut se rendre au château de Joviac ou au Pic de Chenevari qui demandera une demie heure de marche.
