L’Ardèche possède un grand nombre de personnages célèbres qui ont marqué l’histoire de ce département ou de la France, tels que Olivier de Serres, les frères de Montgolfier, Boissy d'Anglas, Seguin... Qui sont ces hommes qui ont donné leur nom aux rues, places et monuments de nos cités ? Quel est leur parcours ?

Auguste-Jean-Baptiste TAULEIGNE
1870-1926
Prêtre et inventeur

Né le 7 avril 1870 à Saint-Cirgues-en-Montagne le jeune Auguste-Jean-Baptiste manifesta très tôt une curiosité pour les sciences ainsi qu'une habileté manuelle étonnantes. On rapporte par exemple qu'à l'âge de 13 ans, il construisit un appareil photographique avec une caisse et les bésicles de sa grand-mère...Après l'école de Saint-Cirgues, il poursuit ses études au Petit Séminaire d'Aubenas puis en 1889 au Grand Séminaire de Viviers. En novembre 1891 il est appelé au service militaire et réformé pour raison de santé. Son originalité et sa curiosité d'esprit ne lui attirent pas que des sympathies, aussi il ne retourne pas à Viviers. Avec l'appui du cardinal Bourret, originaire de Coucouron, il est admis en 1896 au Grand Séminaire de Sens, dans l'Yonne, pour y terminer ses études.
Il est admis prêtre le 18 décembre 1899 .

Le Professeur:

L'abbé Tauleigne enseigna d'abord les sciences au Petit Séminaire de Joigny, où il peut bénéficier d'un petit laboratoire.

En 1903, à la fermeture du Petit Séminaire de Joigny, il devient curé de Pontigny dans l'Yonne, il y restera jusqu'à sa mort.

Le physicien et l'expérimentateur:

Ayant toujours montré des dispositions pour les sciences et l'expérimentation, avec des moyens de fortune il parvient à mettre au point ses propres inventions dans le domaine de la télégraphie sans fil, de l'optique (appareil de projection), de l'acoustique (hauts-parleurs et phonographe), de la photographie trichrome et de la radiographie, notamment.

"Il n'a pas de laboratoire, il expérimente partout, dans sa cuisine, dans son bureau, dans son jardin, voire dans la nef immense de son église."

• C'est pendant la guerre de 1914/1918, alors qu'il servait comme infirmier dans un hôpital militaire de Menton, qu'il travaille sur la radiographie par rayons X. Il inventa d'abord un dispositif antidiffusant, permettant d'arrêter les rayons X parasites qui affectent la bonne qualité des clichés radiographiques. Ensuite il met au point le "radiostéréomètre": il s'agissait de localiser le plus exactement possible les projectiles (balles ou éclats métalliques) des corps des blessés pour en faciliter l'extraction opératoire. L'abbé Tauleigne n'hésita pas à avaler des plombs de chasse et à s'exposer aux rayons X pour l'expérimentation de cette invention.
• Il a inventé le radiotélégramme (récepteur de télégraphie sans fil): en 1913 il parvient à transcrire sur une bande de papier les signaux Morse émis de la tour Eiffel, à 150 km de distance. Ne croyant pas, à priori, à sa découverte, les spécialistes de l'époque, notamment Ducretet, durent se rendre à l'évidence et dorénavant les "relais Tauleigne" furent fabriqués à grand échelle.

Autres expériences:

- il a inventé un appareil, sans lampes ni accumulateurs, avec lequel il parvient à écouter un radio-concert
- il a inventé un procédé de soudure: Un fer à souder chauffé au feu de bois de la chambre de l'abbé Tauleigne sert à lier un fil de cuivre au morceau de zinc arraché à la toiture du presbytère.
- il a inventé un système de piles électrique: c'est dans un verre que le savant réalisa sa première pile électrique. Une des électrodes a été ficelée dans une serviette de table. Désireux d'être utile aux amateurs sans filistes, l'abbé Tauleigne a inventé deux piles électriques; elle remplacent avantageusement les accumulateurs pour l'alimentation des lampes de T.S.F..
- il a inventé un système (breveté) de trichromie pour la photographie en couleur
- il a inventé une lanterne de projection
- il a inventé une machine à repérer les sous-marins en 1915

La récompense:

En octobre 1923, le Comité de la Fondation Carnegie de Chicago, attribue la médaille d'argent en tant que" Bienfaiteur de l'Humanité", et son prix de 5.000 francs à l'abbé Tauleigne, pour ses travaux dans le domaine de la radiographie. Mais à l'époque l'abbé Tauleigne était un inconnu des journalistes et du grand public. Les américains faisaient découvrir au monde un modeste et génial chercheur français qui avait consacré sa vie à la science, enrichissant la physique et la chimie d'inestimables inventions en optique, électricité, acoustique, électrochimie, photographie, T.S.F. et radiographie. L'Abbé Enjolras a dit de lui : "qu'à côté d'une instruction scientifique très étendue, il possédait un don d'intuition remarquable et une adresse manuelle extraordinaire, grâce à laquelle il a pu réaliser lui-même toutes ses inventions en se servant d'un outillage très réduit, celui que peut posséder un amateur peu fortuné."

L'abbé Tauleigne est mort le 5 juin 1926 à Pontigny dans l'Yonne, où il est enterré au pied de la grande croix du cimetière de Pontigny, son "regard" tourné vers l'Ardèche, après avoir supporté, pendant les dix dernières années de sa vie, les conséquences de l'exposition aux rayons X qui provoqua une radiodermite des mains, une paralysie d'un bras et une atteinte de tout son corps, qui devait lui être fatale.

Source:

- ENJOLRAS (Abbé), Un savant ardéchois martyr de la science. L'Abbé Tauleigne, curé de Pontigny (Yonne), 1870-1926 imp. du Vivarais Annonay, 1946

- LENEAU (C.M.), "Un Edison français : l'Abbé Tauleigne" dans Je sais tout, 1923

- BACHELIN F. (Abbé). "Jean-Baptiste TAULEIGNE". Rev. Vivarais, t. XXXIII, n° 7, sept.-oct. 1926.

sources
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